Blog réactionnaire d'un vieux misanthrope mal embouché.
Pour une fois nous n'allons pas nous emballer sur des bricoles qui n'en valent pas
la peine. Le gouvernement gouverne, le Président de la République cause au coin
du feu avec un beau trio du genre La Fontaine et la terre continue de tourner sans
trop s'inquiéter des tribulations oiseuses qui lui gratouillent le dos.
En d'autres termes, les choses étant ce qu'elles sont, comme disait mon feu pote
Charlot, nous allons marquer un petit temps d'arrêt. Qu'il me soit permis de consacrer
à la philosophie un peu de l'effort qu'elle mérite amplement, si j'en crois le petit Chatel,
incorrigible rêveur qui voudrait remettre les profs de philo au boulot.
Attendez, jamais je n'oserais me colleter l'intellect avec un B.H.L. or something else,
mon intention se limite, en toute modestie, à voir un peu comment évoluent les choses
et à essayer d'en tirer quelques enseignements basiques ad usum populi.
Loin de moi la prétention d'aller chatouiller le gratin germanopratin sous les roustons
en même temps que sur son terrain de prédilection.
Ma philo à moi n'a rien à branler des constructions sophistiquées chères aux intellos
précités, j'en suis resté, dans ce domaine, à Montaigne dont le caractère rudimentaire
me semble valoir bien plus que tous les Kirkegaard, Sartre et plein d'autres que j'ai déja
oubliés depuis longtemps, avec le mépris de l'inculte pour ce qui le dépasse.
Observez au passage que je demeure lucide.
Cependant, Montaigne, il m'en reste quelques trucs propres à s'enraciner pour toujours
dans les cervelles." Que philosopher c'est apprendre à mourir" tiens, par exemple.
Récupérée chez Cicéron, la formule, cultivée avec soin dans la pépinière Montaigneuse,
mériterait mieux que l'oubli dans lequel elle semble désormais cantonnée. Remarquez,
comme on n'apprend même plus à vivre, de nos jours, on voit mal comment, nonobstant,
on pourrait envisager d'apprendre à mourir.
D'ailleurs , en dépit d'un côté faussement soixante-huitard ("le plaisir est notre but"),
il se révèle souvent politiquement incorrect, Montaigne. Voilà pourquoi, sans doute,
on le colle un peu dans les oubliettes. Surtout que c'était un homme de saucisson
et de pinard, autant dire de sac et de corde quoi, rien à en tirer au sein de notre
diversité multiculturelle de mes deux. Quasiment la honte de la famille, Montaigne!
Cachez ce plouc que l'on ne saurait voir. De toute façon, face à Abd Al Malik ou à
Grand Con Malade, il ne fait pas le poids.
"Philosopher c'est apprendre à mourir" je t'en foutrais, moi! De nos jours, Monsieur,
on ne meurt plus. Fini, passé de mode, la mort, même un peu réac, comme concept.
Maintenant nous possédons beaucoup mieux que la mort, la dépendance, oui Monsieur,
le cinquième risque, comme on dit puis, le nirvana du mortel qui refuse le statut,
l'aboutissement suprême des vies de merde tout-entières dédiées à l'adoration
béâte des nourritures spirituelles d'hypermarché.
Le progrès nous aura essentiellement apporté cela. La dépendance, nouvelle forme
de vie éternelle entre le grabat et le fauteuil garde-robe, avec l'oeil rivé sur la ligne
bleue du cimetière sans grand espoir d'y parvenir un jour.
Attention, j'ai l'air de critiquer, comme ça, mais pas du tout, cornebleu, loin de moi
une idée pareille!
Au contraire, la dépendance apparaît comme le remède le plus achevé à la crise.
Ca va créer plein d'emplois, la dépendance, et de plus en plus. Rendez vous compte,
dans quelques décennies nous atteindrons momentanément l'équilibre jeunes/vieux.
Cinquante-cinquante! Comme tout vieillard dépendant exigera au moins la présence
quasi-permanente d'un individu valide à ses côtés, le tour est joué. Fini le chômage.
A nous la belle vie, le plein emploi, la prospérité générale, l'eldorado perpétuel,
le rêve réalisé des marxistes, le paradis sans Bon Dieu!
Mais le miracle ne s'arrête pas là. Les plus attentifs auront peut être remarqué, cinq
lignes plus haut, la présence du terme "momentanément". Présence tout à fait
intentionnelle et non fortuite comme d'aucuns auraient pu le croire. A tort.
Suivez moi bien, car c'est ici que le prodige atteint un paroxisme et que le merveilleux
touche au sublime.
Comprenez donc que, lorsque l'égalité numérique entre les valides et les dépendants
sera atteinte, le rapport continuera ensuite à décroître en dessous de l'unité.
En d'autres termes, il y aura plus de vieux impotents que de jeunes valides.
Et de plus en plus.
La demande excèdera l'offre, sur le marché du travail pour assister les gâteux!
Vous voyez bien les conséquences, là, n'est-ce pas?
Les salaires qui augmentent, mécaniquement, en vertu des lois du marché désormais
réconciliées avec le bien-être de l'Humanité. Les syndicats qui reprennent du poil de
la bête, forcément, faudra bien négocier les hausses de salaire, une petite grève,
quelques vieux qui claquent et le patronat qui vient à résipiscence, aussi sec et qui
raque!
Mais attendez, je vous apporte encore mieux, là, au fond de ma besace. Encore plus
beau et plus émouvant quand on pense à nos malheurs actuels. Encore plus exaltant
pour tous ceux qui ont à coeur de préserver et d'accroître autant que possible le
métissage bienfaisant de notre République Une et Imputrescible!
Bien sûr, vous l'avez compris, mes Bien Chers Frères, mes Bien Chères Soeurs,
reprenez avec moi tous en choeur! Il faudra faire appel aux travailleurs immigrés!
Ah, le voilà enfin, l'aboutissement tant espéré du destin multichose de notre France,
terre des Arts, des Armes et des Lois ainsi que des flux migratoires enrichissants
de providentielle diversité salvatrice.
Le Salut par la dépendance, l'harmonie d'une vie sans mort joyeusement fleurie
d'une infinie compréhension entre les hommes de toutes générations et de toutes
origines. Les vieillards bienheureux de voir leur survie quotidienne rythmée par
les soins et les prières ferventes de leurs nouveaux amis venus d'ailleurs.
Les d'jeuns satisfaits de pouvoir enfin pleinement participer à la vie d'une Nation
les recevant, désormais, avec tout l'amour fraternel qui leur est dû, parcequ'ils le
valent bien, comme diraient les commis de Mme. Liliane.
Le bonheur, quoi! Le bonheur universel et universellement partagé.
Alors, me direz vous, me voilà bien éloigné de mon propos initial.
De telles élucubrations, soulignerez vous, ne ressortissent point à la philosophie mais
bien plutôt à l'économie prospective et Nouratin, une nouvelle fois, part en quenouille
les pieds en avant!
Pas du tout vous répondrai-je, il s'agit, non seulement d'économie mais encore, plus
précisément, d'Economie Sociale et Solidaire prospective!
Et qu'est-ce que l'Economie Sociale et Solidaire, sinon de la douce philososphie?
Et le bonheur aussi, pas vrai? Comme l'espoir.
Allez, mes bons amis, je vous laisse méditer sur le destin fabuleux de notre bien aimé
Peuple Franchouille et sur ce que le vieux Montaigne aurait pu en penser.
Conservez vous bien et merde pour qui ne me lira pas.