Blog réactionnaire d'un vieux misanthrope mal embouché.
Moi, quand je vois le Costa-Concordia sur le flanc, je ne puis m'empêcher d'y déceler
une sorte de symbole. L'Europe c'est un peu ça, un gros navire absurde voguant trop
près des côtes, mal commandé par des officiers carriéristes et jean-foutres. Un truc
énorme et peu manoeuvrant qu'on fait parader entre les récifs afin de divertir les milliers
de corniauds embarqués dans cette espèce d'hyper-centre-commercial à gros tirant
d'eau. Et qui se couche, complètement crevé, vautré sur son tribord. La croisière
s'amuse plus! Standard and Poors, c'est un peu le gros caillou immergé qui déchire
la coque. Pas sur la carte, il a sorti, le commandant du Concordia!
Un symbole, vous dis-je. On déconne à plein tubes, la catastrophe prévisible arrive et
on accuse la carte! Imbéciles et salauds! La carte! Il se prend pour Bougainville en
pleine exploration, le mec. Les rivages de la Toscane, depuis trois-mille ans qu'on y
navigue, ça commence à manquer de mystère, non, vous ne croyez pas?
Figurez vous que je viens de chercher "Costa-Concordia" et, Google, qu'est-ce qu'il me
sort?
-"Laissez vous tenter par des vacances en croisière à bord du Costa-Concordia...pour
une expérience inoubliable!"
Tu parles Charles, inoubliable! Voilà un bel exemple de promesse politique tenue.
" Votez Hollande et vous vivrez une expérience inoubliable! Laissez vous donc tenter!"
Pareil! La formule apparaît démocratiquement géniale. Inoubliable!
Pour oublier ils auront du mal, les naufragés du HLM flottant. Sauf les morts, bien
entendu.
Naufrage à quelques encablures de la côte! C'est tout nous, ça.
Comme des andouilles.
Vous disposez d'un rafiot certes très con dans son principe mais doté de tous les
derniers raffinements de la plus haute technologie. Vous pouvez naviguer par tous
les temps, avec ou sans visibilité et vous allez vous planter sur les rochers d'où les
merdeux du coin sautent à la mer pour épater les copines. Des années de boulot et
une montagne de pognon tombés à la flotte et quelques pauvres gogos embarqués
dans la combine sans imaginer un instant qu'ils y laisseraient leur peau. Consternant!
Pareil pour l'Europe. Un monstre sophistiqué mal barré au sens maritime du terme.
La différence - de taille - réside dans le fait que le navire éventré, échoué sur son banc
de sable, on continue à faire comme s'il naviguait fièrement, narguant la tempête, le nez
dans la plume, la machine à fond et trois-quarts avant! On a l'air malins!
Voilà pourquoi les agences de notation, boucs émissaires honnis de la navigation
couchée, décident désormais de nous mettre minables, de faire connaître au monde
entier qu'en dehors de l'Allemagne et de quelques Etats nordiques d'importance
mineure, l'Union Européenne a fait naufrage. Personne ne saurait sérieusement leur
en vouloir, c'est factuel, comme on dit puis.
Sans compter qu'ils expliquent, ces braves agenciers. Les déficits publics abyssaux
n'apparaissent pas comme la seule raison du naufrage. Pire, le gros du problème
vient, selon les Pauvres du Standard, du déséquilibre structurel de nos balances
des paiements. Des milliards qui s'en vont chaque mois et des capitaux étrangers
qui ne viennent plus compenser. L'Europe coule et personne ne voit plus vraiment
l'intérêt de la renflouer.
Personne? Non, les Chinetoques ralent comme des poux de nous voir en si mauvaise
posture. Faut comprendre, un gros client qui fait tchoufa ça risque de peser grave sur
le chiffre. Alors, ils viennent au renaud contre les agences de notation qui "amplifient
les crises".
Un peu comme les vidéos du Costa touché-coulé, si vous voulez, c'est mauvais pour
l'image de l'armateur.
Cependant désormais va falloir s'occuper de l'épave...
Et nous, pauvres Franchouilles, surchargés par tout un tas de contraintes accumulées
au cours des années pour faire plaisir aux socialistes, aux communistes, aux syndicats,
aux thuriféraires de l'immigration, aux fainéants de tout poil, aux associations,
aux administrations, aux collectivités locales, aux lobbies, aux media et aux émirs
à pétrole, nous allons embarquer bientôt sur le pédalo de Couille-Molle.
O combien de marins, combien de capitaines
De pédalos joyeux à l'allure incertaine
Ont entubé des tas d'électeurs ingénus
Qui toujours bien trop tard s'en furent aperçus.
Combien ont affronté les flots les plus durailles
Sans même oser tourner un peu le gouvernail
Vers la vague qui monte et qui, bientôt, submerge
Le navire barré par une molle verge.
Combien nous balancèrent dans un pétrin sinistre,
Combien de saligauds, de pîtres et de cuistres
Nous envoyèrent au fond des gouffres abyssaux
Sans même nous laisser le temps de prendre un seau
Pour écoper un peu le tréfonds de la cale
Et rendre au fier vaisseau une assise normale.
Car la démagogie, notre pesant bagage,
Nous mênera tout droit, sûrement, au naufrage.
Il en est des métaphores comme des plaisanteries. Les plus courtes sont, comme
on dit, les moins longues. Je vous laisse donc le soin de méditer sur le triste sort
du Costa Concordia.
Quant à moi, j'essaierai de faire mieux la prochaine fois.
Amitiés à vous tous.
Et merde pour qui ne me lira pas.