Blog réactionnaire d'un vieux misanthrope mal embouché.
Quand même, on peut dire tout ce qu'on veut, moi je trouve qu'il était bien, l'autre soir
sur TF1, notre Président de la République Une et Audimatible avec son entourage de
braves gens bien polis, pas très représentatifs mais reposants. Sans parler du
magistral Pernaut, le sémillant présentateur du Journal à Mimile, le treize heures de la
France des Français qui Franchouillent. Parfait, le Pernaut. A mi chemin entre Monsieur
Loyal et l'ordonnateur des pompes funèbres. Toujours un oeil sur la pendule et l'autre
sur le Président, pour estimer à la fois le temps d'antenne restant et l'opportunité de
sortir une fadaise histoire de dire qu'on n'est pas là uniquement à titre de tapisserie.
Mais surtout pas gêner la manoeuvre. Sans compter qu'entre cocus, pas besoin de
longs discours, on se comprend toujours, comme chantait Bourvil (pour ce dernier
il ne s'agissait pas de cocus mais d'amour, c'est un peu la même chose, non?).
Bon, bref, pour vous dire, l'émission ne manquait ni de classe ni de parts de marchés.
Une bonne petite réussite bien honnête et propre à remplir aimablement les caisses de
la Chaîne en dépit d'une absence totale de pub avant et pendant. Naturellement ils ont
dû se rattraper après. Seulement, après, il ne restait plus grand monde vu que deux
heures de Sarko, même en verve, ça invite forcément au sommeil. Juste que les
annonceurs qui ont investi sur ce coup-là se sont inévitablement fait couillonner.
Mais peu nous chaut. Chacun sa mère.
Venons-en au fond, bordel, on n'a pas que ça à foutre.
Moi, sur le moment, j'ai bien tout compris, sans problème et sans trop m'embêter.
Ca partait avec la Pharmacienne des Moulins, à Nice. Brave femme, un peu désabusée
certes, mais pugnace et pleine d'énergie pour reconstruire à chaque fois son officine
dévastée par les petits jeunes du quartier. Un des plus pourris de l'Hexagone, soit dit
en passant, ce quartier, mais en voie de réhabilitation à coups de centaines de millions.
Il en est fier, M. Sarkozy.
La dame aussi. Peut être pense t-elle en profiter pour se faire poser des créneaux, des
machicoulis et des échauguettes, si ça se trouve et de la vitre blindée à grosse ferraille
de neuf centimètres d'épaisseur, la plus costaud, faut bien ça.
Avec toutes les entreprises sur place, autant en profiter.
Bien sûr, elle s'appelle Fatiha, la brave potarde, née en Algérie et venue en France à
l'âge de huit ans. Ca nous remet loin, ça. En dérogeant un peu aux exigences de la
galanterie française, je dirais soixante-deux. Plutôt les Harkis qui rappliquaient, alors.
Pas les démobilisés du FLN, en tout cas. Pas encore.
Alors, elle disait comme ça, Fatiha "oui, je parle leur langue" -leur langue putain, faut
l'entendre, ça- "on se comprend bien mais ils viennent quand même me bouziller la
pharmacie, que voulez vous, ce sont des gamins mais ça n'excuse quand même pas!"
Tu parles!
Et d'ajouter que le problème vient essentiellement de la "ghettoïsation". Qu'on les a tous
collés dans les quartiers d'hachloums, quand ils ont débarqué par centaines de milliers.
Qu'il ne faut pas chercher plus loin pourquoi ils ne se sont pas intégrés, les Africains du
Nord et les autres de plus bas. Que tous ensemble, ils produisent de la misère, de la
rancoeur puis de la haine et puis ça nous explose un beau jour à la gueule. Il faut s'y
attendre. On l'a bien cherché, en quelque sorte.
Exact, oui, nous l'avons bien cherché. Sauf qu'au début des années soixante-dix, j'en
connaissais plein qui habitaient au quartier des Moulins. Des européens, pour dire, des
Niçois, même, parfois. Les Moulins, ce n'était pas joyeux, je reconnais. Un peu sinistre,
certes, mais vivable. On pouvait s'y trimballer en pleine nuit, vous mordez le topo?
Quand les aliens ont débarqué, ensuite, il a bien fallu, au fur et à mesure, qu'ils se
trouvent tous un autre point de chute, les locataires en place. Impossible de rester là.
Les nouveaux arrivants ne leur faisaient pas la vie belle. Alors, contraints et forcés, ils
ont laissé la place libre et les logements sociaux disponibles. Ca s'est fait comme ça.
Ce n'était pas les ghettoïser, qu'il aurait fallu pour les Africains, c'était les empêcher de
venir.
Bon. Après ce morceau de bravoure et les banalités auxquelles il a donné lieu sur la
sécurité, la criminalité, les juges qui "font bien leur travail qu'est difficile" et tout le toutim,
on a vu défiler le reste du panel.
Un agriculteur un peu hargneux qui voulait des subventions, alors Pernaut s'est arrangé
pour qu'il ferme son claque. Un vieillard affligé d'une épouse Alzheimerisée, pauvre
bougre qui a permis de soulever la question de la dépendance et de son financement.
Une femme médecin de campagne en Lozère, avec son cortège de solutions à la
désertification médicale des cambrousses. Une institutrice bien élevée - y en a- dont
le mérite essentiel a consisté à ne pas trop nous emmerder avec le manque de
moyens. Et aussi, un soudeur des chantiers de Saint-Nazaire, manifestement même
pas syndiqué à la CGT - un cas d'école - qui attendait avec impatience de construire
des éoliennes-offshore. J'allais oublier, enfin, la patronne des pinceaux Léonard, que
tout artiste peintre - pas vrai Chris?- connaît nécessairement pour en avoir usé. Des
pinceaux, je veux dire, pas de la patronne; quoique cette personne possède une
tronche de brosse en poils de marmotte du plus heureux effet. On dirait quasiment
l'enseigne de sa boîte.Grâce à elle, nous apprîmes la décision présidentielle de
booster l'apprentissage en obligeant les entreprise à recruter du petit jeune en
alternance. Vu qu'un plombier qui bosse vaut mieux que dix intellos au chômedu,
qu'il a dit à peu près le Sarko.
En résumé, rien de très passionnant, bien sûr, mais intéressant quand même, bien
enlevé, rythmé comme il convient et pas ennuyeux pour un euro. Du bon boulot
artisanal, du Sarko classique, rodé et efficace. Dommage que les gens ne marchent
plus trop dans la combine mais, comme on dit, si la vache n'a plus de lait c'est
parcequ'on l'a déja traite. Faut attendre un peu que ça se refasse.
Naturellement, si vous me poussez dans mes retranchements, je serai bien obligé
d'avouer qu'il n'a pas dit grand chose, le Président. Plus précisément, pour les gros
scoops, on s'est un peu brossés, je reconnais volontiers.
Sur nos amis les musulmans, son truc maintenant c'est "l'Islam de France, pas l'Islam
en France". Bon. Parfait. Mais où ça nous mène?
Il a bien reconnu, aussi, que les culs-en-l'air dans la rue c'est inadmissible et,
également, qu'il n'incombe pas à la République de construire des mosquées.
D'accord. Super! Et puis après?
En réalité, il se trouve coincé, Sarkozy, empêtré dans un problème dont il sait
pertinemment qu'il exigerait des solutions drastiques et pas très politiquement
correctes. Il n'ignore pas, bien sûr, que l'opinion le demande, désormais,
majoritairement et sans ambiguïté. Oui mais non. Il ne peut pas. C'est pas conforme
aux grandes options. Circulez y a rien a voir. Il l'a dit texto, ça, sur un autre sujet mais
ça valait aussi pour les muzz et leurs musulmations. On s'en tient au slogan et on
passe à autre chose. La preuve que je fais des trucs, a-t-il rappelé : la loi sur la burqa.
Voilà du lourd, de l'indiscutable!
"Voui, M'siou Brésidon, mais dans les quartiers y a pas de flicaille pour contrôler,
alors on s'en fout, elles mettent quand même".
Dans le panel, ils avaient prévu, aussi, un étudiant. Encore un peu je vous le loupais,
celui-là. Notez, c'eût été excusable car le pauvre petit, au moment de son tour, le temps
d'antenne se trouvait déja explosé d'au moins deux minutes. Pernaut ne l'a quasiment
pas laissé ouvrir sa gueule. Pourtant un petit blondinet, bien propre sur lui.
On lui aurai donné la carte UMP sans confession à ce gamin. Mais tant pis, trop tard.
Tout ce qu'il a pu dire, c'est qu'en France il fallait urgemment recruter des Imams
Français, sous peine de désastre imminent. Parole d'étudiant de Créteil!
En tout cas, pas subversif pour un kopeck, ce gentil garçon. Bien pensant et bien
catho, ça se sentait.
Et qu'est-ce qu'il lui a répondu, M. Sarkozy?
-"Ben ce serait déja bien qu'ils causent français, les imams. Oui, ça, faudrait!"
Ainsi parla M. le Président de la République Française.
En attendant les Frères Musulmans qui seront bientôt là,
Je vous adresse mes meilleures salutations.
Et merde pour qui ne me lira pas.