Blog réactionnaire d'un vieux misanthrope mal embouché.
Voilà, Jean-Louis Etienne vient d'achever avec succès sa traversée du pôle Nord.
Il aurait préféré, je crois, se poser en Alaska plutôt qu'en Sibérie, question de confort,
mais avec les vents on ne maîtrise jamais complètement. L'essentiel reste tout de même
d'être arrivé en un seul morceau. On peut en penser ce qu'on veut mais piloter dans ces conditions-là, une rozière, un ballon énorme avec une prise au vent pas imaginable,
c'est pas comme faire le tour du pâté à Solex . A son âge, Etienne, il garde encore de la ressource.
En revanche j'ai tout de même trouvé matière à déception. Il m'avait semblé comprendre
qu'il embarquait avec Zizidâne, l'ex-footballeur à la tête de bois.
Ce dernier, vêtu de pied en cap en pôlenordiste, figurait en effet aux côtés de l'explorateur
au moment du départ de l'engin.
En moi même je me réjouissais de voir partir au dessus de la banquise immense, ce
duo improbable constitué du vieux baroudeur écolo-médiatique flanqué de la personnalité
préférée des amateurs de foot, de bière et de pastaga. Sans compter qu'en cas de gros problème technique, d'incident grave ou d'avarie, il apparaît précieux d'avoir avec soi quelqu'un qui sait en toutes occasions où donner de la tête et qui, ainsi qu'en témoignent
ses fréquentes prestations télévisées, se révèle toujours à même de dispenser de judicieux conseils -certes publicitaires- à ses contemporains.
Hélas, Zizidâne n'avait fait le déplacement au Spitzberg qu'à seule fin de booster un peu
l'évènement financé par Générali, son sponsor attitré. Faut quand même pas déconner.
Se peler les glaouires dans une nacelle de trois mètres carrés pendant cinq jours c'est
bon pour le vieil Etienne qui doit manquer un peu de subsides depuis que le Musée
Océanographique de Monaco l'a lourdé comme un malpropre. En ce qui concerne
Zizidâne il peut se passer de ce genre de couillonnade. Il n'est pas à la rue.
Donc la mesure du taux de CO2 et du champ magnétique terrestre au dessus du pôle,
objets officiels de la mission, exigeaient un petit plus médiatique apporté par la présence
sur ce coup d'un personnage investi d'une notoriété supérieure de plusieurs ordres de grandeur à celle de ce pauvre Etienne. Cette dernière se limite, sans vouloir lui faire
injure, à un cercle relativement restreint d'initiés.
Se fût il agit de Nicolas Hulot, il se suffisait à lui même mais Jean-Louis Etienne ça
nécessite un footballeur. Ainsi va la vie.
Pour en terminer sur ce point il convient de préciser que la présence de Zinédine le
magnifique au départ de la rozière se justifiait d'autant mieux qu'à l'arrivée c'était cuit
d'avance. Les aléas de l'aterrissage, dont on pouvait seulement prévoir qu'il aurait
lieu en plein trou du cul du Bon Dieu, rendaient inenvisageable la présence sur site
d'un personnage de l'envergure du grand dispensateur de coups de boule.
L'opération médiatique de clôture, avec journalistes et caméras, aura lieu dans un endroit
plus civilisé autorisant sans difficultés l'acheminement du champagne et des petits fours
propres à stimuler l'attractivité de cette sorte de cérémonie, ainsi que de la Secrétaire
d'Etat qui en cautionnera l'intérêt scientifique.
Sur ce dernier point,évidemment, il n'y a pas de quoi sauter au plafond. C'est évident.
Toutefois, l'intérêt scientifique, faut reconnaître, on s'en fout un peu.
Moi, je me mets à la place de ce brave Etienne qui cherchait depuis pas mal de temps le moyen de reprendre du poil médiatique de la bête. L'opération, juste assez diffusée pour appater les braves gens susceptibles d'acheter le bouquin qu'il va
publier et garantir un audimat raisonnable à son film sur les chaînes du câble, atteint vraisemblablement ces modestes objectifs.
Toutefois, il faut bien reconnaître qu'on n'en a pas beaucoup parlé. Nonobstant son côté
climato-bien pensant , l'expédition manque un peu de relief médiatique.
Le moins qu'on puisse dire, aussi, c'est qu'ill n'a pas eu de pot, l'ami Etienne.
Déja, il prend son envol en pleine tempête sur les rumeurs relatives au couple présidentiel,
juste au moment où Rachida Dati se voit privée de voiture de fonction, de gardes du corps
et même de téléphone gratos, en punition d'on ne sait trop quelles indiscrétions présumées.
Du coup, le vol de la rozière, quasiment personne n'en a entendu parler.
Mais, encore pire, la simultanéité de son atterrissage en douceur au fin fond de la Sibérie
avec le crash de l'Iliouchine du président polonais à Smolensk, a transformé ce qui eût pu constituer un joli sujet de journal télévisé, en flop médiatique absolu. Au point que
Générali se mord les doigts et le reste du déplacement ruineux de Zizidâne au Spitzberg.
C'est pourquoi, par amitié pour ce brave Jean-Louis qui, lui au moins, a toujours cherché
à se faire plaisir dans la vie, plutôt que de s'y emmerder comme la plupart de ses contemporains, j'ai voulu assurer la couverture médiatique de l'évènement. Disons plutôt
du non-évènement puisqu'aussi bien, ce dont on ne parle pas dans les media est réputé
ne pas exister. C'est la règle de nos jours.
Oh, je ne méconnais pas que cela ne saurait compenser le caractère déficitaire de
l'opération dans les livres de Générali mais c'est le côté symbolique de l'acte qui compte.
La solidarité ne se mesure pas à l'aune de son impact financier.
Sauf, bien sûr, quand on parle de Solidarité Nationale.
Alors je suis content et presque fier d'avoir apporté ma petite pierre à l'édifice branlant
du vol de la rozière du camarade Etienne.
Longue vie à lui, à Zizidâne et au camarade Générali.
Et merde pour qui ne me lira pas.