Blog réactionnaire d'un vieux misanthrope mal embouché.
C'est vachement bien, la République. Une jolie invention qui remonte à fort longtemps,
à la Grèce antique et qui prospéra - yoplaboum! - pendant près de cinq-cents ans à
Rome avant que Jules César ne la foute en l'air. Idée reprise fort opportunément par
nos bons révolutionnaires des années 1790 qui la concrétisèrent sur le dos brutalement interrompu de ce pauvre Louis XVI, avec le succès que l'on sait puisqu'elle
aboutit à l'installation d'un empereur puis au retour du Roi. Pas celui qui fut raccourci,
bien sûr, mais son frère cadet.
Ces considérations d'ordre historique, pour attirer votre attention sur le caractère fragile
des choses les plus précieuses. La République et sa consoeur bien aimée la
Souveraineté Nationale constituent les fruits délicieux de notre civilisation et comme tels apparaissent éminemment périssables. En France nous vivons sous ce régime depuis
cent trente cinq ans, un sacré bail, certes mais pas une garantie d'éternité. Au contraire.
Donc, préservons le trésor même si, au bout du compte, il nous aura apporté beaucoup
plus de calamités que de satisfactions.
Le passif de la République se décline en guerres épouvantables, impôts écrasants,
lois absurdes, erreurs monumentales aux conséquences incalculables telles que la colonisation africaine dont nous dégustons encore aujourd'hui les suites désastreuses.
Bien sûr je passe sur les détails. Pas la peine d'en tartiner des tonnes.
Mais alors, l'actif, me direz vous, de quoi est il constitué?
Fastoche, vous répondrai-je, l'actif c'est la simple beauté du concept, la pure
noblesse de l'idée, la grandeur majestueuse du symbole.
Cela ne se mange pas en salade, je suis bien d'accord sur ce point, mais il convient
parfois de faire litière d'une lucidité cynique pour élever son esprit jusqu'aux sphères
cristallines où règnent les produits éthérés du génie humain le plus abouti.
Comment cela, je me fous de la gueule du monde?
Mais pas du tout, enfin juste un peu mais pas complètement.
Mon propos consiste simplement à tenter d'attire l"attention sur l'immense
péril susceptible de découler d'une utilisation dévoyée de la République et de la
civilisation dont elle procède. Ces deux dernières risquant à tout moment de
s'engloutir dans un océan de barbarie totalement immaîtrisé.
Suivez moi bien, enfin ceux qui veulent, les autres ont quartier libre.
La République se présente un peu comme une grosse usine dépourvue de patron.
La souveraineté appartient à la Nation. Seulement c'est quoi, la Nation?
Ben oui, la nation, ce n'est rien, juste une idée fumeuse née de l'imagination débridée
de philosophes illuminés.
Du coup, pas de patron. Seulement un président éminemment provisoire dont tout le
monde a le droit de se foutre et ne s'en prive pas.
Résultat, le bordel arabe - non, rayez arabe, je vais encore me faire pourrir- le bordel
tout court, donc. Les ministres qui font n'importe quoi sauf gouverner, les députés qui
s'occupent de football, les enseignants qui n'enseignent plus rien, les éducateurs mal
éduqués, les automobilistes qui s'entretuent sur les autoroutes au lieu de rouler, les putes
qui écrivent des blogs au lieu de tailler des pipes, les juges qui condamnent les flics et
relaxent les voyous, les entreprises qui gagnent plus à tirer le rideau qu'à produire.
Il ne reste plus que le fisc et les syndicats pour continuer, comme si de rien n'était,
à charger la barque alors même qu'elle se trouve déja au fond.
J'en distribuerais encore plein des comme ça, mais je préfère vous la faire courte.
L'important consiste à rechercher la cause première de tout ce salmigondis mal
ficelé, le motif essentiel du dérapage en couilles auquel nous assistons effarés et
incrédules. Eh bien, je crois avoir trouvé.
La cause première, le pêché originel, le pied d'argile du colosse républicain, c'est le
citoyen. Vous avez conscience vous d'être "le citoyen"? Non mais je veux dire tout le
temps, quoi, pas seulement au moment où vous glissez le bulletin dans l'urne. Alors?
Moi pas, en tout cas, j'avoue que la notion ne m'est pas naturelle et qu'elle me passe
très au dessus la plupart du temps. Sans compter qu'on a autre chose à foutre, pas vrai?
Eh bien pensez à tous ces petits citoyens français qui existent à plusieurs millions d'exemplaire au fin fond de nos cités banlieusardes. Ces sympathiques jeunes gens
prompts à siffler l'hymne national et à brûler le fanion de la République, constituent
désormais le socle de notre organisation politique.
On peut, bien sûr, en penser ce qu'on veut, trouver cela très bien, considérer la chose
comme une évolution positive, applaudir des deux mains à la ringardisation des
vieux cons et des vieux concepts. Certes, mais reconnaissons au moins qu'en l'absence
de citoyens, la République semble assise sur un strapontin vermoulu et ne saurait
manquer de se retrouver le cul par terre, un jour ou l'autre.
Et lorsque la République se sera bien pété la gueule, il se trouvera toujours quelqu'un,
le plus fort du moment, pour ramasser les morceaux et s'approprier les manetttes.
Il apparaît fort probable que cet évènement marquera la fin de la rigolade et le début
des mauvaises surprise pour la plupart d'entre nous qui ne manqueront pas, alors, d'en
suer comme des russes d'époque stalinienne.
Personnellement, je ne propose rien, sauf d'y penser et d'essayer de voir par quel bout
nous pourrions attraper le bâton merdeux qui menace de nous massacrer la gueule.
Peut être conviendrait il de donner moins d'importance aux fadaises qui nous mobilisent
l'intellect le plus clair du temps. En tout cas si les braves gens qui, somme toute,
apparaisent encore majoritaires en Europe, s'attachaient à préserver notre civilisation
et nos institutions, peut être progresserions nous sur la bonne voie, au lieu de nous
précipiter comme des cons vers l'abîme.
Je sais que je ne suis pas très clair et encore moins drôle, mais pensez-y, ça me ferait
plaisir et surtout ça offrirait une petite chance à nos descendants de survivre dans des
conditions acceptables.
A plus et merde pour qui ne me lira pas.