Blog réactionnaire d'un vieux misanthrope mal embouché.
-"Moi, nous dit Jean Foupallour, l'Ukraine j'en ai rien à secouer, à peine si je sais où ça se trouve...en URSS, non? C'est pas ça? Bon, bref, je vois pas pourquoi on nous les casse depuis une semaine avec leurs histoires à la con, aux Ukrainiens. Pour pas nous parler des trucs qui fâchent, sans doute, le chomedu, la misère, les Muz, les impôts...sûr qu'à nous raconter la révolution de la Place Maichose ils prennent pas de risques, les mecs, ça sert de berceuse pour bien nous endormir et ça mange pas de pain!
-Oui, sauf que rien de ce qui se passe en Europe ne sauraît nous être étranger, lui rétorque l'ami Yves Rognes, l'ex-clerc de notaire. Sans compter la gravité de l'affaire, songez-y : un gouvernement, certes de merde mais démocratiquement élu, que des insurgés envoient gicler comme un vulgaire furoncle...là ça se passe à Kiev...vous imaginez, un peu, la même chose à Paris?
-Oh putain, là tu nous fais rêver, assure Grauburle avant de s'envoyer sa gorgée de Muscadet, ça serait-y vraiment possible un bonheur pareil?
-Rêve pas, pour en arriver là faudrait des couilles, tranche le vieux Maurice, goguenard, z'avez vu les morts? Y a pas qu'eux que ça refroidit! Les ardeurs révolutionnaires la Franchouillie les retouvera pas de sitôt, si vous comptez là dessus pour nous débarrasser des Socialos, vous pouvez toujours boire de la flotte, vous serez jamais beurrés!"
N'empêche, il vient de lever un sacré lièvre, le camarade Yves Rognes. Après tout, nous assistons en ce moment même, en direct live, à une espèce de déni de démocratie dont tous les bons démocrates de l'Union Européenne, l'impayable M.Fabius en tête, semblent se délecter comme d'une grosse louche de caviar bélouga...va comprendre, Charles... Alors, dans le fond, fendons nous d'une hypothèse d'école comme ils doivent en faire de temps en temps à Science-Pot, en travail de groupe...non celle là peut être pas, après tout.
Alors voilà : vous remplacez Ianoukovitch par Hollande, Ioulia Tiomochenko par Sarko, ça rime...bon il n'est pas encore en prison, lui, mais ça ne saurait tarder vu l'intérêt majeur que les magistrats du "mur des cons" semblent lui accorder. Après, en guise de Place Maïden, vous prenez ce que vous voulez. Evitez la Concorde, un peu difficile à défendre, oubliez la Place du Tertre trop frontalière des peuplades hostiles de Barbès. Rabattez vous plutôt sur La Madeleine, quasiment imprenable, toute proche de l'Elysée ainsi que de la Rue du Cirque et donc susceptible d'inciter le futur Président déchu à foutre son camp dans les plus brefs délais pour éviter de tomber aux mains des rebelles avec sa coquine et son Piaggio trois roues. Et si vous craignez d'abimer l'église, repliez vous sur la Place Beauveau. En pareil cas, emparez vous tout de suite du camarade Manuel, ça vous fera une sacrée monnaie d'échange, surtout si vous le suspendez tout en haut de la barricade...ça n'empêchera pas les flics de tirer -au contraire- mais pour terroriser le politicard y a pas mieux! Après vous envoyez un détachement armé au Palais Bourbon, vous faites voter à l'unanimité la destitution de Flanby et vous ramenez Sarkozy, au besoin en fauteuil roulant, pour haranguer la foule révolutionnaire. Attention, hein, je tiens à rappeller qu'il s'agit juste d'une hypothèse d'école, pas d'un projet de coup d'état. Vous imaginez s'ils me prennent au sérieux les barbouzes payés pour lire les blogs nauséabonds?
Bon, je déconne mais si vous regardez bien, les situations apparaissent parfaitement semblables, les deux présidents furent également élus à une courte majorité. Bien sûr, Ianoukovitch conserve environ quarante-cinq pour cent de partisans, plutôt flatteur comparé aux seize pour cent de Pépère, cependant, là réside la seule petite différence et elle n'affecte en aucune façon le fond. Grosso modo, c'est du pareil au même. Enfin, pas tout à fait, au premier abord en tout cas...
Oui parceque l'Ukraine se présente comme un pays coupé en deux du nord au sud. Côté Ouest vous trouvez des Ukrainiens Catholiques proches des Polonais et côté est des Russophiles Orthodoxes. Pour simplifier : deux nations avec des populations d'importance comparable ce qui, entre parenthèses, prive le processus démocratique de toute légitimité. En effet on retrouve la ligne de partage parfaitement marquée dans les cartes des résultats d'élections.
En revanche, la République Française se veut une et indivisible. Pourtant, si vous regardez bien la cartographie de la dernière présidentielle vous trouvez des gros paquets de bleu et des gros paquets de rose qui délimitent des zones. Rien à voir, bien sûr, avec la partition bien nette de l'Ukraine mais on dirait que nous sommes sur le chemin. N'en tirons aucune conclusion, d'ailleurs, car si la Nation Franchouille semble bien en voie de désagrégation, la cause en apparaît diffuse et sans incidence géographique déterminante. On peut seulement constater que, partis comme nous sommes, la légitimité du processus démocratique s'en prend de plus en plus plein la gueule chez nous aussi.
Alors, dans l'absolu, puisque tout le monde a l'air de trouver admirable la révolte des Ukrainiens, je ne vois pas pourquoi nous nous priverions d'en faire autant...ah, oui, comme dit Maurice ça pourrait se révéler malsain...mais non, voyons, chez nous les flics n'ont pas le droit de tirer à balles réelles. Pour éviter tout danger vous n'avez qu'à vous déguiser en écolos de "l'Ultra-Gauche" (comme dit Vallsounet), là vous pouvez y aller à bloc vous ne risquez absolument rien.
On l'a bien vu à Nantes, pas vrai? Quand vous balancez des manifs clairement dirigées contre le chef d'un gouvernement dont vous faites partie, quand vous vous déclarez, comme la mère Duflot, "de tout coeur avec les manifestants" et quand vous traînez derrière vous les guerilleros de l'internationale gauchiarde, chez les gens sensés vous débarrassez le plancher ministériel à grands coups de pompe dans le derche. Quant aux manifestants cagoulés qui cassent tout, comme à Nantes, un vrai ministre de l'intérieur ne les aurait même pas laissés entrer en Loire-Atlantique, surtout quand il prétend les avoir à l'oeil comme s'en vante cette patate de Manolo le Catalan. D'où il se déduit finement qu'on ne touche pas aux membres de la Grande Famille de Gauche, fussent-ils "ultra", et massacrassent-ils la flicaille. Si vous voulez faire la révolution sans risquer de prendre un mauvais coup, surtout ne mettez pas le tee-shirt de la manif pour tous, habillez vous donc plutôt en Black Bloc!
Alors, pourquoi on la ferait pas nous aussi, notre petite "transition démocratique", comme dit le camarade Fabius en parlant de la prise du pouvoir par la force? J'aperçois bien une raison, évidemment, c'est qu'une fois la révolution faite on ne saurait même pas à qui refiler le manche. Vous en voyez un (ou une) vous, pour reprendre l'affaire, enfin je veux dire quelqu'un de couillu, de désintéressé, d'assez fort pour taper dans le tas sans s'occuper des dégâts collatéraux et capable de remettre sur les rails un pays qui les a quittés depuis plus de trente ans? Moi, j'avoue, j'ai beau me tamiser les méninges, un oiseau de cette envergure on peut toujours le chercher dans tous les coins du pays, on ne le trouvera pas, c'est sûr. D'ailleurs, à ce niveau-là nous n'en avons plus jamais eu depuis Charlemagne...et encore c'était un Allemand, ce mec, faut pas l'oublier...Nom d'un chien mais la voilà, l'idée, on va le donner à Angela, le pouvoir et puis après tout ça coule de source, c'est déjà aux trois-quarts fait!
Allez, les amis, aux armes citoyens! On se la fait notre petite transition démocratique à la Fabius?
Bon dimanche et prenez bien des forces en attendant le Grand-Soir!
Et merde pour qui ne me lira pas.