Blog réactionnaire d'un vieux misanthrope mal embouché.
-"Mais pourquoi donc, gnädige frau Thérézeu, ne disposez vous pas un grand écran de télévision dans votre sympatischeu taverneu?" Faut dire que le brave Gottlieb Grossmutterficken, pour une fois qu'il se pointe par chez nous, il se retrouve obligé de rentrer à l'Hôtel afin de pouvoir assister à la déculottée des "Bleus" par ses compatriotes fouteballeurs teutons. Du coup, le côté convivial du spectacle lui fait défaut et la bière pression encore plus, sans parler de la gueule progressivement déconfite des supporteurs franchouilles au fur et à mesure du tragique avancement des hostilités...comme à chaque coup.
Cependant, la réponse fuse, tranchante, glaciale, méprisante presque.
-"Sachez, M. Machintrucfiquenne-là, qu'on vient ici pour la conversation, pas pour regarder des merdeux courir après un ballon. Les connards restent à la porte, si vous voyez où je veux en venir...attention, hein, je ne dis pas ça pour vous bien sûr...juste qu'ici vous consommez dans un établissement traditionnel : on cause, on discute en trinquant, vous comprenez? Question de culture, quoi, de racines méditerranéennes, paraît qu'on pratiquait déjà du temps des Grecs, voyez vous? Alors, comptez pas sur moi pour enterrer les habitudes millénaires, ça ne figure pas dans les principes de la maison. C'est un peu comme si vous proposiez à César d'intaller un jouquebosque au Bar de la Marine, il vous foutrait un coup de pied au cul qui vous ferait claquer des dents, imaginez vous!"
Le tout affirmé avec l'accent de la plus profonde conviction assorti de celui, à couper au couteau, de la Provence Intérieure. Même un germanique petit-fils d'obersturmbannführer, en pareil cas, il commande sa tournée et il s'écrase. Elle a bien raison, d'ailleurs, Thérèse. Tenez, quand par hasard, au moment du match, vous passez devant l'un de ces estaminets tout pavoisés de tricolore et bourrés d'un ramassis de hurluberlus vociférants barbouillés de bleu-blanc-rouge avec perruque du même tonneau, vous en prenez un coup dans la fierté d'appartenir à l'espèce humaine. Vous vous verriez bien bonobo finalement, au moins ceux-là pour se faire plaisir ils baisent, ça paraît beaucoup plus raisonnable que de se bousiller les cordes vocales au spectacle d'une bande de racailles qui s'essoufflent sur le gazon fouteux. Les gens civilisés, eux, s'accoudent au rade et devisent calmement sur des sujets variés, tout en se fignolant la biture avec tact et savoir-vivre. C'est tout de même autre chose.
Cela dit, je vous l'avoue, je me suis surpris à regarder le match. Je ne sais pas, l'instinct grégaire, peut être, le conformisme panurgique, un fond de curiosité déplacée...Toute la partie y est passée, dites donc, jusqu'au bout je me la suis farcie. Pourtant Dieu sait -et pas que Lui- la passion très retenue que je nourris à l'égard d'un sport dont je n'ai que foutre, l'ayant notamment pratiqué étant tout jeune avec un succès des plus modérés. Plutôt statique de nature, je m'étais retrouvé gardien de but ce qui me valut le surnom évocateur de "La Passoire", rapidement assorti d'un rejet unanime, lequel finit par me condamner à raccrocher les gants...je ne vous raconte pas le soulagement! Et, pour en revenir à France-Allemagne, le plus niais c'est que je me suis pris au jeu, mollement affalé sur mon canapé un verre de Badoit (faut quand même pas exagérer dans la beaufitude) à la main. Un peu désolé dès le but sur coup de pot marqué par les petits protégés de Gottlieb, j'ai attendu, non sans une relative fébrilité, l'égalisation salvatrice qui jamais ne survint. Le Ramadan et la défaite de l'Algérie nous avaient stérilisé ce pauvre Benzéma, manifestement entré à reculons dans la fournaise et bien décidé à ne pas trop forcer. Ce n'est qu'après le coup de sifflet de l'arbitre que je réalisai : voilà la délivrance, nos deux équipes(1) éliminées, nous allons enfin retrouver la paix, alléluia!
Pas tout à fait quand même. Ce connard de Grossmutterficken nous refait le match à grands coups de pastaga, en expliquant en long, en large et en travers que les Français, si par hasard les Amerloques oublient de voler à leur secours, se font systématiquement laminer par leurs voisins d'Outre-Rhin. Il s'agit selon lui d'une constante historique, une sorte de loi naturelle en vertu de laquelle le pinard et le foie gras prospèrent à l'Ouest, les vertus de force morale, de sagesse et de courage, à l'Est. Moyennant quoi, selon lui, une fusion pure et simple nos deux pays permettrait de toucher à la perfection...tiens fume, comme lui rétorque Jean Foupallour bras d'honneur à l'appui... Pourtant ça demanderait réflexion son truc. Déjà, rien qu'en fouteballe on imagine bien les avantages. Mais bon, il a sans doute raison trop tôt ce mec, faut encore laisser décanter...
Et puis sur des tas de sujets qui nous sont familiers on les sent complètement dépassés ces braves Chleus. Un exemple entre mille, tenez, voilà quatre ou cinq jours qu'il a débarqué, le Gottlieb; du coup il s'est morflé en pleine chetron les petits rebondissements de l'affaire Sarko : incapable d'y comprendre quoi que ce soit, ce naze! Pas faute d'explications, pourtant. Je lui ai tout bien mis sur la table, comme quoi les Juges, soupçonnant de collusion avec Kadhafi notre ancien Président de la République, avaient placé ce dernier sur écoute téléphonique pendant près d'un an, ce qui les conduisit à entendre les conversations de l'avocat sarkozyen avec un magistrat à la retraite demandeur d'un coup de piston pour finir ses jours sous le soleil monégasque. Pire que cela, notre petit ex-chef de l'état, afin de tenter de brouiller les pistes, emprunta le portable d'un copain à lui, un dénommé Paul Bismuth. Cette manoeuvre lui retomba sur la gueule, vu que les juges, faisant espionner tout le monde, ne manquèrent pas de déceler vite fait le Nicolas qui perçait sous Bismuth. Pourtant simple et facile à capter, non? Vous savez ce qu'il m'a répondu le gros Boche? -"Ach, ben chez nous, du temps de la STASI, on l'envoyait en traitement psychiatrique pour moins que ça, je te jure! Surtout qu'un merdier pareil, pour y capter quelque chose il faudrait avoir lu et compris au moins Fichte et Schelling, ce qui ne s'est plus jamais vu depuis Heidegger...et encore je n'en suis même pas certain."
La STASI, vous vous rendez compte! Remarquez, il sait de quoi il parle mon pote, il vivait du mauvais côté du Rideau, comme la grosse Angela, si vous voyez. Alors les écoutes, les interrogatoires à rallonge et toutes les combines pour coller les emmerdeurs dans la nasse judiciaire, il connaît à fond. Le vécu il n'y a que ça de vrai! Là où il commence à la trouver saumâtre, c'est quand je lui explique que nous avons en France plein de Juges Trotskystes et même une Ecole d'Etat pour assurer leur formation. Il l'ignorait totalement, le brave garçon, ça lui en a bouché un sacré coin. Tellement qu'à partir de là, on l'a vu regarder en douce sous les tables, derrière le zinc et même au cul des distributeurs de cacahuettes...il se croyait revenu au bon temps de sa jeunesse folle, le mec. En plus il a fermé son I Phone, bien décidé à le planquer dans son slip jusqu'à la fin du séjour! Cependant, quand l'ami Yves Rognes, entre deux gorgées de Ricard, l'informe également de l'existence d'une école républicaine dite "Sciences-Po" et vouée à l'enseignement du gauchisme aux futurs apparatchicks , on le sent complètement tétanisé, le Fridolin. A tel point qu'à la vue de Maître Jean Trentasseur, le Socialiste, franchissant joyeusement la porte d'entrée du troquet, notre malheureux Gottlieb met sa casquette, relève le col de sa veste et, sans même songer à régler sa tournée, s'enfuit par l'arrière-cour. Ce que c'est que les vieux réflexes, tout de même! En voilà un qu'on n'est pas près de revoir...
Alors, me direz vous, tout cela paraît un peu disproportionné. Après tout, il ne s'agit que de faire la peau à Sarko, lequel ne mérite pas mieux, somme toute. Rien qui ne devrait effaroucher un ex-ressortissant de la RDA... Peut être... Toutefois, vous savez, quand les moyens existent de liquider Nicolas conformément à la stricte orthodoxie républicaine, rien n'empêche d'employer les mêmes méthodes pour s'occuper de Pierre, Paul, Jacques...ou même Alain, voire Jean-Louis(2)... D'ailleurs ils le savent bien, ces deux-là, voilà sans doute pourquoi ils préfèrent caresser la Justice dans le sens du poil. Et en ce qui concerne le premier, il prêche d'expérience, il a déjà tâté du pan-pan-cucul judiciaire!
C'est curieux, toutes proportions gardées ces histoires-là me rappellent un peu "La Terreur"...après tout, ça aussi c'était la République.
Bon Dimanche.
Et merde pour qui ne me lira pas.
(1)L'Algérie et la France, voyons!
(2) Juppé et Debré, bien sûr, les duettistes de "Touche pas à ma Justice Républicaine".