Blog réactionnaire d'un vieux misanthrope mal embouché.
C'est pas le tout, de rallumer le gaz sous l'Arc de Triomphe quelques heure après la
promulgation de la loi assassinatrice de mouvement social antisarkozien, faut encore
s'embarquer dare-dare pour Séoul afin de présider le G20 historique qui ne changera
rien, sans oublier qu'aussitôt rentré, il conviendra d'appeler Fillon pour lui filer la liste
de son nouveau gouvernement tant attendu.
Pas de la tarte d'être un hyperprésident hyperactif. Quand on pense que d'aucuns
viennent lui chercher des poux dans la tête à cause de son joli Airbus même pas
neuf dont la République vient de lui faire cadeau. " Air Sarkozy one" qu'ils disent
tous ces cons. Dérision pitoyable quand on pense à la pénibilité du boulot!
On n'en a pas parlé de celle là, de pénibilité, celle de faire le Sarko. jour et nuit, sans
débander (au figuré s'entend, enfin j'espère), dans le monde entier, avec des casse-
couilles de toutes les espèces accrochés aux talonnettes et sans même un embryon
de reconnaissance pour l'énormité du travail abattu. D'accord, la plupart du temps ça
ne sert pas à grand chose, parfois même l'ouvrage se révèle contre-productif, faut le
dire mais l'effort demeure. "Faire et défaire c'est toujours travailler" comme disait mère-
grand. Alors mégotter pour un avion un peu plus rapide et confortable, quand le pauvre
malheureux se tape des dizaines de milliers de kilomètres sans mettre pied à terre, en
plus de ses heures normales, voilà qui passe les bornes du mesquin, pulvérise celles
du miteux pour atteindre aussi sec le comble de l'ingratitude.
Ah, quand on y pense un peu, de Gaulle, celui dont tout le monde désormais se
réclame après l'avoir, in illo tempore, couvert d'injures, d'opprobre et d'avanies,
de Gaulle, au moins, il lui restait toujours le 18 Juin.
Ca vous présente une autre gueule que la Nuit du Fouquet's, ça, le 18 Juin.
Personne n'aurait l'idée d'aller critiquer, pas vrai? Alors, on a beau s'en déclarer
l'héritier, au Général, on se trouve dépourvu d'argument massue (et encore moins Massu).
On a beau se faire, aussi, une certaine idée de la France, on manque de justificatifs,
n'est-ce pas? Et puis on a beau avoir Attali, on n'aura jamais Malraux.
Pas moyen, la fatalité...
Qu'est-ce que vous voulez tirer d' Attali, un songe?
C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit,
Nicolas Sarkozy devant moi s'est montré
Comme au soir du Fouquet's hillare et exaucé,
Même il avait gardé ce talon emprunté
Dont il eut soin de faire remonter ses godasses
Pour augmenter en taille à défaut d'en surface.
Qu'est-ce que vous voulez foutre avec ça, pas vrai? Vous allez soutenir la comparaison,
vous, avec Malraux "Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège, avec ceux qui
sont morts dans les caves sans avoir parlé..." Et rehaussé du vibrato tremblotant propre
au génie, pour corser l'emphase! Non, rien de rien, pas possible, vous dis-je. De nos
jours, des morts dans les caves, j'en vois bien un qui serait susceptible, oui, mais ça
serait de coma éthylique et pas sans avoir parlé, croyez moi. Hélas, hélas, hélas!
Non, décidément, notre époque se révèle effroyable, impitoyable, hideuse et délétère.
Il s'en souvenait forcément, Nicolas Sarkozy, ce matin brumasseux et frisquettement
humide où il discourait pour le quarantième anniversaire du décès du Général. Il devait
se remémorer, en douce, les paroles prophétiques de ce dernier :
"vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui
demain seront vingt millions et après demain quarante?
... Mon village ne s'appellerait plus Colombey les Deux Eglises mais Colombey les
Deux Mosquées".
Et là, juché sur son petit praticable, face à l'immense Croix de Lorraine dominant les
collines sombrement éclairées d'un soleil merdeux, le successeur actuel du Grand
Charles, sans doute, se demandait pendant combien de temps encore on nommerait
" les Deux Eglises" ce Colombey si lourd d'une histoire en danger d'oubli.
La Croix, bizarre et gigantesque, prenait alors des allures de Statue du Commandeur
et le Chef de l'Etat pouvait bien se sentir un peu plus écrasé par la masse pesante
de sa responsabilité à l'égard des générations futures.
Ah, de Gaulle, putain! Lui, au moins, quand il voulait remanier, il avait le choix entre
Michel Debré et Georges Pompidou. Au cas où la mayonnaise n'aurait pas pris, il
lui restait encore les Messmer, Couve de Murville, à la rigueur Chaban, bref des
mecs sérieux et éprouvés, pas des rigolos de presse pipole.
Comment voulez vous orchestrer un remaniement quand vous avez le choix entre
Borloo et Baroin. Un peu comme si, du temps de Charlot, on eût pronostiqué Bourvil
ou Gérard Philippe à Matignon. Vous mordez un peu, face à l'Histoire, Borloo ou
Baroin? Vous réalisez le déshonneur, quand même? Y a des conneries qu'on ne peut
se permettre. La Postérité ne pardonnerait pas. Les Présidents de la République, c'est
comme les rois, on s'en souvient tout le temps, même des moins éclatants. Alors, ils
ne peuvent s'autoriser n'importe quelle décision. En cas de connerie majeure, ça reste
gravé dans le marbre, comme le sceau d'infâmie dans la peau du bagnard, ad vitam
aeternam, amen!
Voilà pourquoi elle dure autant, cette sombre histoire de remaniement. Quand on a
l'embarras du choix, bien sûr, on est emmerdé. Faut trancher, vexer des gens qui ne le
méritent pas, en placer d'autres qui, du coup, ne vont plus se sentir. Délicat, bien sûr,
préoccupant et dangereux, même. Mais dans le cas contraire, quand il ne vous reste
que l'embarras du non-choix, pas vrai, entre Fillon et Fillon, par exemple. Là oui, vous
vous trouvez dans le pétrin pour de bon et bien enfoncé jusqu'au trognon, comme le
boulanger de Pomponnette. Dans le pétrin et potentiellement cocu, en plus! Pas
facile à gérer, des situations pareilles, honnêtement qu'en pensez vous?
Bien sûr, il pourrait suivre les conseils éclairés de Nouratin, M. Sarkozy ( voir
Lettre entrouverte à M.le Président de la République. ). Mais c'est qui, Nouratin?
Une idée, un infusoire, un simple vase de terre brisé par le souffle d'un doux zéphir?
Rien, en somme. Le néant en costume d'Internet, les fluctuations quantiques du vide,
la vesse du fantôme, l'illusion d'un ectoplasme, la particule virtuelle du trou noir qui
s'évapore doucement. Rien à tirer de ce côté là. La sphére politique ignore les
particules virtuelles.
Il lui reste quoi, comme solution à ce pauvre Président de la République Une et
Impapossible? Renommer François Fillon! Et merde! A la fin, au bout du bout, quand
on a fait le tour de toutes les couillonnades possibles et imaginables, passé en revue
les opportunités les plus absurdes, gratté les solutions de sous-sol bien obscures et
alambiquées sans trouver la sortie, il ne reste plus qu'à rentrer à la maison, à bien
fermer la porte, à se visser le bonnet de nuit sur la chetron et à aller dormir.
Ce sera Fillon!
Mais quand on a dit ça, l'affaire n'apparaît pas terminée pour autant.
Après il faut constituer l'équipe. On ne peut quand même pas demander au Premier
Ministre pressenti de le faire lui même! Nous sommes en République que Diable, pas
à la cour du Roi Pétaud! Le Président c'est le big boss, il choisit tout le monde en vertu
de Son Intérêt Général qu'Il connaît et Lui seul, bordel!
Et alors là, ça repart de plus belle! La valse hésitation sur les paroles de "Quand
j'avance tu recules", la foire d'empoigne, le marchand persé -je veux dire le marché
persan, c'était pour faire plaisir au fantôme de Borelli-, le soukh de Sidi Mohamed
Es Sadok!
Vous me croyez si vous voulez mais Bachelot veut la Culture! Vous vous rendez
compte, là, de l'énormité du problème? Bachelot! Comme si vous demandiez à la
concierge de vous composer un petit sonnet pour draguer une hypocagneuse!
A croire qu'il n'existerait pas dans les hautes sphères assez de pédérastes pour
tenir le poste honorablement.
Et Lefèbvre, on en fait quoi de Lefèbvre? C'est son tour, il y a droit comme tout le
monde, il s'agit d'une question de justice. Pas sociale, ce coup là mais politique,
l'effet reste le même, faut y passer!
Oui mais quoi, alors? Pas simple. On va le foutre secrétaire au Tourisme, bien sûr,
pourquoi pas au tourisme, après tout? M'enfin , avec la tronche qu'il trimballe il ne
nous fera pas beaucoup entrer de devises. Tant pis, il suffira de ne pas le montrer.
Et encore, là nous nous attachons aux détails. Les vrais difficultés se trouvent ailleurs.
Coppé, Juppé, Taspé (cherchez bien...), là oui, ça craint sévère, faut pas déconner,
la prise de risque apparaît maximale. Sans compter que l'électeur moyen, il s'en fout
bien pas mal de toutes ces conneries. Lui il voit seulement ce qu'il y a au fond de son
porte monnaie. Et il tire la gueule!
Pourtant on le fait pour lui, tout ça, pour l'intéresser à sa responsabilité de citoyen
( voir La République ne nous appelle plus. ), pour lui redonner le sourire, pour qu'il
recommence à aimer Sarko. Mais va te faire foutre! Il n'en a rien à secouer, l'électeur,
du remaniement. Le sort professionnel de ces messieurs-dames politicards lui en
touche une sans faire bouger l'autre, pour parler comme M. le Président de la
République.
Bien dommage, mais tout ce qui va se phosphorer dans le "Sarkozy one" retour de
Séoul, en dépit d'efforts effrénés de brain storming, n'impactera le cours de la
vie sondagière que très médiocrement. Le sort crucial de 2012 ne se jouera pas
sur cette sombre affaire de remaniement mais bien plutôt sur le double front de
l'hypothétique croissance et du choix, plus ou moins démocratique, du candidat
socialiste.
Heureusement il y a Mélanchon, Con-Bandit et Marine le Pen.
Avec ça, si on n'arrive pas à un nouveau 21 Avril, c'est à désespérer de la stratégie
politique.
Allez salut, espoir, fraternité et merde pour qui ne me lira pas.