Blog réactionnaire d'un vieux misanthrope mal embouché.
"Saloperie de putain d'année de merde" qu'il m'a asséné Grauburle, pas plus tard que
ce matin. Il sortait de la gare, le mec, "chuis été planquer la 4L chez mon bauf, à la
campagne, pas qu'y m'y foutent le feu, ces cons là. Bon, y l'auraient pas fait exprès,
c'est sûr, ils ont le respect de la rouille, les jeunes, mais des fois qu'elle crame avec
celle d'à côté..."
Il est vrai qu'elle avait plutôt mal commencé, son année (voir Les vacances de Grauburle. )
avec son projet d'évasion en Tunisie carbonisé comme une bagnole banlieusarde au
nouvel-an, par le printemps arabe si beau, si démocratique, si populaire et si agréable
aux fidèles serviteurs d'Allah vainqueurs des subséquentes élections. Pourtant quelle
jolie idée, ce printemps qui commençait un peu absurdement en plein hiver à la rumeur
des "dégage-dégage" si joliment scandés par les charmants révolutionnaires
allahou-akbar déterminés à virer l'infâme dictateur Ben-Ali afin de le remplacer par une
Charia propre à satisfaire pleinement le Prophète et son Patron.
Alors, dans tout ça, le pauvre Grauburle, sa Germaine et son escapade avortée, quelle
importance, pas vrai? Et tant pis si tous les vieux shnocks de leur espèce qui allaient
craquer quatre sous du coté de Djerba, donnaient à bouffer à nombre de ceux qui
furent ensuite amenés à naviguer aléatoirement jusqu'à Lampedusa
(voir Ich bin ein Lampeduser! ).
Les omelettes de la démocratie islamiste exigent le sacrifice de quelques oeufs, tels le
tourisme et les devises issues d'icelui. La grandeur de la cause et la légitimité des
insurrections populaires créent par elles mêmes leurs propres richesses, fussent elles
essentiellement morales et, partant, non-comestibles.
Oui, finalement, qu'est-ce qu'il a à râler, le vieux trouduc, qu'est-ce qu'il lui reproche à
2011? L'année du triomphe de la liberté, bordel, ça devrait emplir de joie et
d'allégresse le coeur des bons franchouilles tout ça, quand même. Sans oublier
qu'on a oeuvré à bloc dans la défense et l'illustration de la démocratie, nous autres.
D'accord on a eu le démarrage un peu poussif, c'est vrai, avec une Alliot-Marie
légèrement décalée (voir Islam et bien au fond. ) et un gouvernement un tantinet sur la
réserve. Mais après, la putain, qu'est-ce qu'on s'est bien rattrapés! Le Pays-des-Droits-
de- l'Homme a tenu son rang au delà de tout éloge, quand même! Faut les rappeler ces
choses-là.
Deux dictateurs on a liquidés en 2011, nous autres. Kadhafi et Gbagbo, rien que ça!
Et on vient nous gueuler à la mauvaise année? Il faudrait quoi alors, pour la considérer
convenable, qu'on ait crevé Kim Jong Il, en plus? Bon, là ça s'est fait tout seul mais,
après tout, qui vous dit que Faubourg Saint-Honoré on n'a pas prié pour qu'il claque,
hein, le leader suprème?
Et puis, attendez, j'en oublie un. Berlusconi! A force de le laisser tomber et de se foutre
de sa gueule avec la grosse mère Quelle, il lui a eu la peau au Cavaliere, notre bon
Président. Depuis le temps que toute la bien-pensance internationale réclamait sa
tête, ben c'est Sarko qui l'a coupée, en fin de compte, presque tout seul.
Sacré bilan quand même, on a beau dire. Personne n'en a réalisé autant, cette année,
personne.
Alors, j'entends bien, ça ne nous en a pas mis plus dans la poche. Ca nous en a
même encore enlevé, je reconnais. Mais au pays de Voltaire et de Rousseau
- si ce dernier était un peu Suisse, sa connerie le francise définitivement- les
considérations d'ordre matériel ne sauraient prendre le pas sur le dogme
démocratique et son universelle diffusion.
Dussions nous bouffer des patates, parfaitement, et encore heureux s'il nous en
reste!
Putain d'année? Je t'en foutrais, moi!
Bon évidemment on croyait la crise finie, comme des cons et voilà qu'une autre
encore plus belle nous précipite sur la gueule. La crise de la dette, dites donc.
On aurait peut être pu la voir venir, celle là, depuis trente ans qu'on fait des déficits
publics de plus en plus démentiels. Ben non. Que dalle. On y allait tranquillement à
craquer sans limites avec l'assurance impavide de l'ivrogne au volant. Jusqu'au
moment où le platane a traversé... saloperie d'arbre!
Alors bien sûr les choses prennent désormais une tournure fort déplaisante.
La démocratie c'est comme un beau jardin, les voix des électeurs, pour qu'elles
poussent dans le bon sens, faut les arroser. Et là, y a plus d'eau! Avec les élections
majeures de 2012, je ne vous décris même pas le dilemme affreux qui dévore tout
crus nos bons gouvernants. Une horreur!
Qu'est-ce qu'il va bien nous sussurer comme berceuse le Président de la République,
en ce soir de voeux? Des conneries, certes, je vous entends.
Mais encore? Mettez vous un peu à la place de ce pauvre Guaino qui doit se taper la
rédaction du discours, vous voulez qu'il raconte quoi? La Belle au Bois Dormant, Peau
d'Ane? Peau de balle oui! Il pourrait nous chanter La Traviata en faisant à la fois le ténor
et la soprano, le Sarko, que ça nous en toucherait même pas une! C'est cuit, c'est mort,
c'est rapé!
Moi, je serais à sa place à Guaino, je baserais le truc sur Minou la Tringlette, le héros
Socialiste mort au champ d'honneur de la grande diversité baiseuse.
Je mettrais bien l'accent sur cette saloperie de Roche Tarpéienne si proche du Capitole
qu'on croit toucher l'un et qu'on se pète la gueule sur l'autre. Sur les mystères du
socialisme et leurs sous-produits à tendance maquerello-queutarde. Sur la sécurité qui
réside dans l'élection d'un jeune père de famille dépourvu de tendances perverses et
attentif à préserver l'avenir.
Je taperais forcément en plein dans la gueule du capitaine Couille-Molle, prêt à engager
son pédalo au plus fort des éléments déchaînés. Je ne manquerais pas, bien sûr,
d'ajouter qu'après la nana on voit débarquer l'ex.
Ces deux-là, longtemps assemblés,
Ne peuvent que se ressembler.
La gonzesse on la connaît gourde,
Plus con qu'une lanterne sourde,
Alors le ci-devant mari
Dont on voit bien l'air ahuri,
Risque fort de se révéler
Incapable de résister
A la poussée des camarades
Qui l'enverront à fond de rade
Avec son joli pédalo.
Et nous verrons tous ces salauds
Nous enfoncer dans le pétrin
Pour toujours et sans lendemain.
Oui, seulement voilà, pour un candidat, des voeux de ce calibre, ça ferait déja un peu
jaser. Mais pour un non-déclaré- qu'on-sait-même-pas-s'il-va-y-aller, la chose relève
de l'impossible.
Nous aurons donc forcément une petite allocution convenue, plate et sans charme.
Des voeux bien traditionnels quoi, du pas très affriolant. A moins que pour une fois
il fasse appel à des rédacteurs plus inspirés. Tiens, pourquoi il demanderait pas
à son pote Bernard-Henry de lui écrire son truc? On aurait droit à du chouette, vous
pouvez me croire sur parole et si vous ne me croyez pas, essayez donc de lire un
bouquin du zigomar en question. N'importe lequel. Vous comprendrez.
Et puis, foutu pour foutu, pas vrai, autant qu'il nous fasse un peu rigoler, le Président.
Pour son dernier ce serait sympa. On prendra tout le temps de pleurer par la suite.
Pour moi, j'aurai recours à ma devise "Faï tira Marius", ce qui signifie à peu près,
"Quand faut y aller faut y aller" mais vraiment à peu près. Sans compter que j'ai
coûtume de prononcer la formule complète, soit "Faï tira Marius, l'avès dans l'anus",
ce qui précise plus nettement la pensée sous-jacente.
Et ce n'est pas parcequ'une année nécéssairement abominable se profile désormais
à notre proche horizon que je m'abstiendrai de vous la souhaiter radieuse, enjouée,
rossignolesque et envoûtante.
Mes bien aimées Soeurs, mes bien chers Frères, Lecteurs adorés que je vénère
-et pas au sens "jeune" du terme- je vous embrasse tous affectueusement et vous
souhaite la meilleure année 2012 possible.
Joyeux annus horribilis!
Et merde pour qui ne me lira pas.