Blog réactionnaire d'un vieux misanthrope mal embouché.
Pour faire le gros buzz, le candidat aux tant attendues Primaires Socialistes
dispose, en définitive, d'un nombre limité de solutions techniques.
La première consiste à "dire des conneries". Mais en pareil cas, la connerie
proférée doit nécessairement sortir de l'ordinaire et même ressortir à
l'extraordinaire, sous peine d'apparaître comme parfaitement banale et dépourvue
d'intérêt. Une sottise quelconque passe, chez ces gens, là pour une déclaration
politique conforme au dogme, aux valeurs, ainsi qu'aux principes directeurs du
Parti et n'attire en aucune façon l'attention.
Comme, par exemple, les propos habituels de la mère Aubry.
La technique en question apparaît, en revanche, parfaitement maîtrisée par la
Dame Ségolène dont elle constitue le cheval de bataille pour ne pas dire le fonds
de commerce. Elle en a tellement débloqué des insanités, cette chère Pintade,
qu'on n'y prèterait presque plus attention. Au début, ça surprenait, ça paraissait
charmant de fraîcheur printannière charentepoitousienne, ça pouvait même,
parfois, passer pour trait de génie, comme le jour fameux de la "bravitude". En
tout cas on en parlait, ça buzzait sec, efficace, percutant, vachement professionnel.
Seulement, vous savez comment sont les gens de nos jours, l'effet se dissipe, on
s'en fatigue, la grâce naïve des ségolèneries n'opère plus comme avant, elle
arrive au bout du rouleau, la brave mémère. Tant va la cruche à l'eau... et Dieu
sait qu'elle n'a jamais eu peur d'y aller, à l'eau, la Ségolène!
Après, vous avez aussi la technique du "pas bouger d'un poil de cul". Ca peut
fonctionner mais faut quand même des conditions particulières. Je vous prends,
au hasard, Hollande. Bon, on ne l'entend pas, tout le monde ignore où il est.
Remarquez, loin de moi l'idée de m'en plaindre, plus il continue ainsi et plus je
suis content. D'ailleurs il doit se trouver à Tulle. Et s'y trouver bien, en plus. Il a
le look, on dirait le Charcutier de Mâchonville si cher à mon vieux pote Grancher.
Mais, soyons honnêtes, on a tendance à l'oublier. Loin des yeux loin du coeur, et
même du reste. Autant dire que lui, il devrait changer de méthode, passer à une
technique mieux adaptée à sa personnalité. Sans quoi, il fera 2%.
En revanche, il y en a un qui vous manie cette technique avec un art super-
consommé. Eh oui, bien sûr, je vous cause de l'Arlésienne du FMI, du Raminagrobis
de la très haute finance mondialisée, du d'Artagnan de la rapière à géométrie variable,
du deus ex machina du quinquennat annoncé. J'ai nommé, vous l'avez évidemment
reconnu, le Grand Dominique Strauss-Kahn (coup de cymbale). Fermez le ban.
Stupéfiant, le succès de ce mec alors qu'il ne moufte pas plus qu'un reposant de
cimetière et remue encore moins, si ça se pouvait. Absent. Même pas discret,
absent total. Disparu, rien à voir, évanoui dans les sphères éthérées, invisible
absolument, néantisé à bloc.
Mais désiré, souhaité, appelé, divinisé, encensé,auréolé, quasiment élu d'avance.
Du jamais vu! Sensationnel, invraisemblable, fabuleux, grandiose!
Le gus, il n'existe quasiment pas, on ne sait même pas s'il va se présenter, on est
presque sûr du contraire pour tout dire. Mais ça ne fait rien. C'est lui qu'on veut,
totalement, d'un amour infini, sans bornes, sans concession, sans raison.
Voilà bien le franchouille, tiens, l'esprit de contradiction fait peuple, Nation d'amoureux
transis de l'inaccessible étoile. Même si l'étoile en question se révèle bricolée avec
un bout de carton recouvert d'alu de cuisine et qu'on peut la récupérer d'un coup de
balai sec. Remarquez, le coup en question arriverait sans doute le jour improbable
où Minou la Tringlette annoncerait sa candidature. C'est là qu'on verrait les limites
du système.
Mentionnons aussi, pour mémoire, la technique du "c'est ma nana qui morfle".
Pas terrible, comme combine, assez inefficace, même, si l'on en juge par la quasi-
transparence de l'ineffable Montebourg, depuis quelques temps. D'ailleurs, nul ne
sait s'il l'avait fait exprès de faire lourder sa douce-amie de son poste de speakerine
d'infos prédigérées. Celle-ci, d'ailleurs, semble avoir gagné plus que son jules, sur
ce coup-là, en notoriété de pacotille. Lui, le bel Arnaud, ça ne lui a fait ni chaud, ni
froid. Juste un petit coup d'indignation médiatique et le buzz était déja parti voir
ailleurs si par hasard il s'y trouvait.
Donc, pas recommandable, comme technique. Sans compter la mise de fonds que
ça demande. Pas évident de se trouver une déesse du petit écran, comme brancard.
A part le précité Strauss-Kahn et le désopilant Borloo, très peu ont consenti un tel
sacrifice. Manifestement, ça ne vaut pas trop le coup.
Pas plus d'ailleurs que le "s'il y va pas, c'est moi", de Moscovici. Personnellement, je
ne saurais préconiser. Ca vous donne un profil de second choix, de lot de consolation,
de roue de secours, qui vous plombe déja la cote avant même que vous ne puissiez
y aller carrément. Mais qu'est-ce qu'il pourrait faire d'autre, tant que son patron du FMI,
encore lui, joue les sphynx évanescents suspensoirs de Primaires, pas vrai?
En revanche, et là, quand c'est bien fait, on arrive à toucher au sublime, au pré-divin
presque, esgourdez donc un peu la technique du "regardez moi bien, j'urine dans
le bénitier". Du grand art comme truc. Le nec plus ultra de la buzzerie moderne.
Encore mieux, le procédé n'exige aucun investissement coûteux, aucun effort
particulier. Il suffit de viser une bonne grosse connerie du sacro-saint dogme
socialiste. Pas de problème, vous avez l'embarras du choix dans tout le fatras
hétéroclite de la cosmogonie des acquis sociaux et autres conquètes du progrès
des masses laborieuses. Vous pouvez identifier une cible, peser le pour et le contre
et, si ça convient, donner l'ordre de tir. Comment? Facile. Vous attendez de vous
trouver sur un bon medium un peu porteur, style R.T.L. ou L.C.I. ou même R.M.C.
enfin une merderie comme-ça. Et puis, en douce, au moment où personne n'attend
rien de bien saillant, tchac! vous balancez le scud. Là vous pouvez y aller. Vous avez
au moins deux minutes pour déblatérer tranquille. En attendant que l'interviewer
retrouve sa respiration, se remette sur sa chaise, regoupe ce qui reste de ses esprits,
si tant est qu'il en eût jamais, analyse rapidos ce qui lui arrive, mette au point une
tactique pour continuer son truc en préservant à la fois le scoop que vous lui donnez
et la suite de sa carrière. Bref, vous avez une paix impériale, comme ça n'arrive plus
jamais de nos jours et toute latitude pour parfaire la victoire éclatante que vous
venez de remporter sur l'ensemble de la classe politique et sur vos gentils
camarades en particulier.
Hiroshima, à côté, on dirait un pet de none. Effet dévastateur garanti. Tremblement de
terre, maelström, tsunami, ouragan, cyclone, marée noire, supernova, allez, faut dire
ce qui est, big-bang, n'ayons pas peur des mots!
Une fois que le truc a pété, vous avez le jet-stream dans le dos, le souffle
puissant de l'explosion qui vous propulse à tout berzingue au firmament du nirvana
médiatique.
Tout d'un coup, vous coûtez plus cher que tous les collègues réunis. On vous veut de
partout, on vous réclame, on vous sollicite, on vous implore, on vous met du Dom
Pérignon dans la loge, on vous en propose une petite pour décongestionner, on vous
déroule le tapis rouge pire que pour Sarko. En un mot, vous venez d'acquérir le titre
de "grand buzz pour au moins un bonne semaine", un exploit, par les temps qui
courent.
Voilà. Mais ce genre de performance reste hors de portée du commun des mortels.
Pour se le permettre il faut un statut compatible, du culot, un terrain bien préparé et
le profil du mec moderne qui vit avec son temps et sait ce qu'il faut aujourd'hui, pour
le bien du populo. Par exemple, ce procédé ne saurait convenir à un garçon comme
Fabius qui trimballe tellement de socialisme historique dans son paquetage qu'il en
perdrait à la fois prestige et crédibilité. Notez, pour ce qu'il lui en reste...
Non, le héros du compissage de bénitier, c'est Valls, bien sûr, le sémillant Manuel.
Celui qui restera à jamais l'homme qui a osé. Le courageux Valls, pour certains,
Valls l'iconoclaste pour d'autres. Le traitre, peut être pour les plus acharnés de la
doctrine, mais finalement ça ne s'est guère entendu, ce genre d'excès.
Pourtant, il n'a pas employé le dos de la cuiller, le petit Manuel. Les Trente-Cinq
Heures, qu'il a flinguées, cézigue pâte, rien que ça, d'un revers de pogne!
Tranquille, l'air de discuter le bout de gras sur la pluie, le beau temps et le prix du kilo
de gazoil.
Calmement, posément, sans avoir l'air d'y toucher, il a balancé comme quoi
on ne peut plus se permettre ce genre de fantaisie d'un autre âge; entraînant
du même coup la ringardisation immédiate et diffcilement réversible de
l'ensemble de ses coréligionnaires socialistes. A commencer, bien entendu
par leur Première- Secrétaire.La Dame des Trente-Cinq heures!
On dirait du Feydeau.
Sans parler de ces cons de syndicalistes qui s'attendaient à tout sauf à ça et qui
s'en bavaient sur le plastron à ne pas savoir quoi bafouiller face à un pataquès de
cette ampleur.
Putain, l'écroulement dans le vacarme la fureur et l'affollement général.
Un socialo qui se met à dézinguer les piliers du Temple! Tout le
plaftard qui choît sur les gueules des hommes et des femmes de gauche, si
engoncés dans leurs certitudes qu'ils ne captent rien à ce qui leur arrive.
Abasourdis, estomaqués, stupéfaits, terrorisés, ils hésitent entre se faire dessous,
ouvrir dare-dare un compte en Suisse (enfin seulement ceux qui ne l'ont pas encore
fait), ou se coller sous le portrait tutélaire du Bienheureux Mitterrrand. Il les protègera
sans doute, le Vieux, il savait y faire, lui. Sous son règne, jamais on aurait vu pareil
sacrilège! Les trente-cinq heures non plus d'ailleurs, on ne les avait pas vues, de son
temps. Pas fou le Tonton.
Alors, voilà. Pour ce qui est de buzzer, le petit Manuel on sent bien qu'il en connaît
un gros sac. Pas la première fois qu'on le voit faire ( voir Guide Suprême et Burqa )
mais ce coup-ci il vient de franchir le rubi, con, et avec une maestria qu'on
n'eût pas soupçonnée chez un gamin qui ne payait pas tant de mine.
Beau travail!
Cette sortie ne lui vaudra peut être pas l'amour débridé du bon peuple de gauche ni
les suffrages des braves salariés peu enclins à larguer leurs RTT mais en termes
de notoriété ça claque dur, ça ramène costaud.
Sans compter que le filon apparaît à peine effleuré. Il reste assez de minerai à
extraire pour lui assurer des années de succès fulgurant. Supposez qu'il s'attaque
aux Comités d'Entreprise, au droit de grève, à la peine de mort, même, pourquoi pas?
Vous le voyez le boulevard triomphal qui s'ouvre devant la musette à Valls, qu'on lui
aurait donné le Bon Jaurès sans confession, dites, parti comme il est, pas vrai?
Croyez moi, il ira loin, ce coquinou, pourvu qu'il conserve le rythme et la technique.
C'est sûr, il grandira. Pas tellement parcequ'il est espagnol, non, mais parcequ'à
sa façon, il trimballe un gros sens de l'humour comme on en voit peu dans le cloaque
politicard. Mis à part Sarko et Méluche.
Que la vie vous reste douce et merde pour qui ne me lira pas.