Blog réactionnaire d'un vieux misanthrope mal embouché.
Monsieur le Président de la République,
Vous avez bien voulu, il y a de cela plus de trois ans, solliciter mon vote afin de
vous promouvoir à la Très Haute Fonction que vous occupez aujourd'hui.
Bien sûr je vous ai compris, ainsi que l'avait déclaré jadis, en prenant toutefois
les gens pour des cons, le plus illustre de vos prédécesseurs. J'ai donc
réservé à votre demande une suite favorable tant au premier qu'au second tour.
En dépit de mon âge relativement avancé et des fréquentes désillusions que
l'exercice de la citoyenneté m'a dores et déja procurées, je ne vous cache pas
l'enthousiasme, certes modéré mais réel quand même, avec lequel j'ai effectué
cette démarche. Je ne suis pas de ces gens dont le vote fut motivé par la seule
inénarrable inconsistance de votre principale adversaire. Non. Tout au contraire
me disais-je à l'époque, "voilà un garçon qui me paraît soutenir de saines idées
et posséder l'énergie, ainsi que le dynamisme, nécessaires pour les mettre en
oeuvre. Sans compter que, vierge de tout passage par l'Ecole Nationale
d'Administration, l'homme a vraisemblablement conservé intactes ses qualités
essentielles et ne saurait,en conséquence, passer son mandat à nous faire prendre
des vessies pour des lanternes au lieu d'oeuvrer avec acharnement au salut de la
République et de ce qu'elle contient".
J'irai même jusqu'à vous confier, à condition que vous n'en parliez à personne, le
secret espoir que j'entretenais en Mai 2007, de vous voir rendre au pays sa santé
financière ainsi que l'avait fait votre immense prédécesseur susvisé, avec l'aide
éminente de Jacques Rueff, au début des années 60.
Belle naïveté, me direz vous. J'en ai clairement conscience mais vous n'ignorez
pas, j'espère, que l'être humain, fût il simultanément misanthrope et libéral, nourrit
parfois, aux fins de supporter sa triste condition et de survivre, de telles aberrations
intellectuelles. Pire encore, dois je vous avouer, j'imaginais alors les gains
formidables susceptibles de découler, pour le pays, de sa prise en charge par une
manière de Mme. Thatcher à la française, pourvue, en plus, d'une paire de
roubignolles.
Bref, j'attendais beaucoup. La déception, en pareil cas, se révèle fort indigeste ainsi
que plusieurs millions de braves électeurs purent s'en rendre compte en même temps
que moi. Je passe sur les détails de la soirée grotesque qui fit suite à votre élection
et des subséquentes escapades, aussi puériles que déplacées, sur yacht de
milliardaire. Je passe également sur vos histoires conjugales dont j'ai eu à connaître
de manière détaillée alors que je n'en avais rigoureusement rien à foutre. Je passe
enfin mais plus difficilement toutefois, sur le caractère saugrenu de certaines
nominations ministerielles propres à dégoûter à jamais une fraction significative
de votre électorat sans vous procurer le moindre avantage en contrepartie.
Je passe mais ça fait lourd, tout de même, d'autant que la liste demeure très loin
d'une exhaustivité que je m'en voudrais de vous imposer, tant elle risquerait de se
révéler lassante.
Je fus, en revanche, très désagréablement surpris de constater, dès l'automne 2007,
votre propension à me frapper au portefeuille dès que la démagogie vous paraissait
l'exiger. Je fais allusion, peut être ne vous en souvenez vous plus, à la manière dont
vous répondîtes à une critique relative à la stagnation du pouvoir d'achat. Si, si,
rappelez vous, ès qualité de Président autoproclamé du Pouvoir d'Achat, vous
veniez de booster considérablement le votre propre alors que celui du brave
franchouille moyen se refusait simultanément à la moindre progression.
Je ne m'étendrai pas plus sur la question mais vous prîtes à ce moment là la décision
de diminuer mes ressources personnelles pour tenter de faire plaisir à des gens qui
n'auraient, de toute façon, jamais voté pour vous!
Et vous récidivâtes quelques mois après en décidant de financer le R.S.A.,
fruit de l'imagination enfiévrée de l'invraisemblable M.Hirsch, par le débit de
ma cassette personnelle.
Comme disait un copain à moi, les couilles m'en sont tombées dans les souliers!
Et après, bien sûr, arriva la crise et son cortège de plans de relance, de grand
emprunt, de toutes sortes de couillonnades proférées au petit bonheur la chance
et au fil du temps. Et tout ce que vous fîtes dès lors, n'eut plus jamais rien à voir
avec le programme altier, audacieux et cohérent grâce auquel vous obtîntes
naguère votre élection. Le Sarkozy flamboyant de la campagne s'était brisé
sur les récifs de la critique incessante d'une opposition aussi irresponsable
qu'impitoyable et des dures réalités de l'économie mondialisée subitement
aggravées par les conséquences fâcheuses des politiques de crédit étasuniennes.
Sans parler, bien entendu, des concessions qu'un jeune époux se doit de consentir
s'il tient à préserver l'indispensable harmonie du couple charmant qu'il forme
avec une personne, certes délicieuse mais quelque peu engagée, comme on dit.
Le plus triste, dans ce parcours cahotique, reste à mon sens qu'en cherchant à
vous attirer les bonnes grâces de gens qui vous haïssent et vous haïront
toujours, vous ne parvîntes qu'à vous mettre à dos la moitié de ceux qui vous
firent roi en 2007. Je m'étais déja humblement permis d'appeler votre bienveillante
attention sur ce point (voir Du kärcher au kouchner. ), mais ainsi que je le le
supputais à l'époque, jamais vous ne me lûtes.
Songez tout de même, M. le Président de la République, que quarante sept pour
cent des suffrages exprimés se sont portées en 2007 sur Ségolène Royal. Je dis
bien Ségolène Royal, pour la fonction suprême de chef de l'Etat! Se fût il agi
de Dany Boon, de Kiri le Clown ou même de Mélanchon c'eût été pareil. Rien que
pour vous dire merde! Et ce sont ces gens là que vous tentez d'aller chercher!
Si je ne craignais de porter atteinte à la dignité de votre auguste fonction, je me
laisserais aller à vous confier qu'il s'agit là d'enfantillage, de légèreté, voire
d'aveuglement.
Cependant vous arrivez, nous arrivons, à un moment décisif de votre quinquennat.
Désormais, tout ce que vous aller décider comportera une importance primordiale
dans la perspective de votre réélection. Et je ne saurais vous cacher à quel point
l'affaire apparaît mal engagée.
Bien sûr les derniers évènements semblent démontrer de votre part une prise de
conscience de la nécessité de réagir. Hélas vous vous trouvez toujours un peu à côté
du gouvernail, même quand vous tentez de remettre le navire dans le vent.
Ainsi avec votre histoire de Roms. Bien sûr eûtes vous parfaitement raison de
chercher à mettre ces gens là au pli. Mais sachez qu'à la manière dont les choses
ont été conduites, les intéressés ont fini par se voir considérés comme des boucs
émissaires et votre démarche comme une action de pure communication, ce qui,
entre nous soit dit, n'apparaît pas en totale contradiction avec la réalité des choses.
Ainsi, encore mieux, avec l'affaire des retraites. Vous gagnez, incontestablement,
démontrant à la fois votre détermination, qui demeure malgré tout assez solide et
l'efficacité des mesures prises sur votre initiative pour limiter les effets
catastrophiques des grèves telles que nous les connûmes naguère.
Toutefois, vous perdez simultanément sur deux points, le premier concernant votre
popularité et donc votre électorat, le second ayant trait au contenu même
de la loi qui ne résout rien et prend l'allure d'une demi-mesure.
Nonobstant, encore une fois, vous avez gagné et il vous appartient maintenant de
tout faire pour mettre à profit la dynamique de la victoire et empêcher ce qui
constituerait la catastrophe absolue, à savoir l'élection dans un an et demi, d'un
président socialiste, fût il votre ami du F.M.I.
Il est grand temps, Monsieur le Président de la République, de vous mettre en ordre
de bataille et d'arrêter les options qui permettront d'atteindre cet objectif crucial.
Comme vous ne disposez pas des moyens d'arroser largement, ainsi que cela put se
pratiquer en d'autres temps, au mépris de toute logique financière, il ne vous reste
plus qu'à trouver le moyen de reconquérir vos électeurs en essayant de leur faire plaisir
sans bourse délier. Je dis bien vos électeurs, pas les autres, pour une fois.
La première étape passera par le choix d'un premier ministre. Je n'ignore pas le
caractère purement symbolique d'un tel choix, puisque le poste ne sert plus à
grand chose mais cela reste important, les symboles. Alors, de grâce, n'allez pas
nous coller un Borloo, il ne nous manquerait plus que cela à nous qui, de plus en plus
souvent, passons pour des comiques vis à vis de l'opinion internationale.
Prenez donc un mec de droite, un vrai, avec des burnes et du franc parler.
Un poujadiste, voilà ce qu'il nous faudrait (voirPinard Parti. ).
J'en ai même un à vous proposer, tiens, Vanneste qu'il s'appelle. En voilà un qui
n'a pas peur de se mouiller. Et comme cela, par la même occasion, vous me virez
tous ces rigolos style Rama Yade, Besson, Chatel, Kosciusko et compagnie.
Pour ce qu'ils vous ont apporté depuis trois ans, vous n'avez aucune raison de vous
gêner.
La seconde étape consistera en la définition d'une stratégie.
Là, si vous m'écoutez et recrutez Vanneste, vous êtes tranquille.
Vous pourrez même lui faire porter tous les chapeaux que vous voudrez et y aller
franco (si j'ose dire). Politique de droite et assainissement des finances par la
réalisation d'économies drastiques sur les profiteurs de tout poil.
Les subventions qui nous font du tort, les banlieues qui nous pourrissent la vie,
les fonctionnaires qui ne fonctionnent pas, les éducateurs mal éduqués,
l'immigration qui nous assassine à petit feu et j'en oublie.
On fait valser tout ça allègrement et on récupère cent milliards.
Du coup on baisse les impôts et les charges et là, je vous garantis que vous l'avez,
votre reprise et sacrément robuste, en plus.
Sans compter la cerise sur le gâteau, rapprochement avec le F.N. et fin des hostilités
sur le flanc droit. La route devient libre pour foncer sur la gauche à marche forcée,
à fond la caisse, comme Berlusconi!
Vous mordez le topo, tout de même? Vous avez bien vu que -soi-disant- un tiers des
sympathisants de l'U.M.P. sont pour un rapprochement avec la Marine. Vous
savez ce que ça signifie, un tiers, ça veut dire les trois quarts, si vous tenez compte
du truquage du sondage et de tous ceux qui n'osent pas dire la vérité.
Quant aux autres, si vous leur expliquez bien le pourquoi des choses, ils vous suivront.
La dictature intellectuelle de la gauche, c'est pas au populo qu'elle s'attaque, il n'en
a rien à foutre, le populo.
Désolé pour Mme.votre épouse mais c'est ça ou l'humiliante défaite à la Giscard.
Sous les huées, les lazzi, les insultes, les doigts d'honneur et, peut être même,
pardonnez moi, les crachats.
Alors, qu'est-ce que vous attendez, allez y, bordel, on n'a pas que ça à foutre!
Dans cet espoir fou, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République,
l'expression de mes sentiments profondément respectueux et vachement dévoués.
NOURATIN.
Et merde pour qui ne me lira pas.