Blog réactionnaire d'un vieux misanthrope mal embouché.
Au nombre des expressions favorites de Grauburle (1), on trouve "ça nous pend au
nez comme un sifflet de deux sous". Remarquez, ma grand-mère en usait volontiers
mais sa naissance au XIXeme siècle pouvait lui tenir lieu d'excuse absolutoire.
Mon copain, lui, en dépit d'un âge qu'on peut valablement qualifier d'avancé - c'est
d'ailleurs à peu près tout ce qu'il a d'avancé, son âge- on se demande où il va récu-
pérer des formules de ce calibre. Es qualité d'ancien facteur, peut être, vu qu'il a long-
temps exercé dans le Poitou, allez savoir. Drôle de contrée, le Poitou. Avec des bour-
ricots bien sympas. Et Ségolène, dans le même ordre d'idée. Faut croire qu'ils se
pendouillent des instruments à bon marché au bout du pif. Mais après tout, on s'en
fout, qu'est-ce que c'est que ces couillonnades que je vous raconte moi? Là n'est
pas la question, enfin!
Or donc, nous étions au bistrot. Chez Thérèse, vous savez, Place Bonaparte, pas
loin du port. Alors, Grauburle, vu la chaleur ambiante, il a embrayé sur le quatrième
pastaga et, simultanément, sur la situation internationale.
-"Moi", qu'il nous a déclaré sans ambage, vu que l'ambage, il ne s'en sert pas trop,
"je sens bien ce coup-là que ça part en couilles. Y a trop de trucs qui merdent en
même temps. Prenez l'Espagne, tiens, vous ne vous imaginez tout de même pas
qu'ils vont continuer longtemps comme-ça, les Toréadors, à se serrer la ceinture
comme on voit sur TF1, que c'en est à chialer! Quand la marmite commence à bouillir,
vous avez beau appuyer sur le couvercle à la fin, il saute, putain, c'est forcé ça. On
comprend bien que leur Luis Mariano il n'a plus de solutions, le mec, y coupe, y coupe
et en définitive c'est lui qui va se les faire couper, si ça continue. Z'allez voir, Dimanche
à Madrid, un bain de sang, je vous promets!"
La difficulté, avec ce genre de type résulte du nécessaire décryptage. Le temps que
je m'interroge sur l'arrivée inopinée dans la conversation de l'inoubliable interprète de
"La Belle de Cadix" et du "Chanteur de Mexico" et, après réflexion, je réalise que
Mariano égale Rajoy, j'étais quasiment un peu largué.
Déja, Maître Rognes, l'ancien clerc de notaire, s'était emparé du crachoir et dissertait
brillamment sur le risque de contagion à l'Europe entière, induit par l'embrasement de
la Péninsule Ibérique, vu que, pour lui, si l'Espagne venait à s'enrhumer le Portugal ne
saurait échapper à la pneumonie.
Sans déconner, un personnage ce Rognes, Yves de son prénom, bien entendu.
Un érudit, si l'on peut dire, un type qui sait pratiquement tout et dont la verve éméchée
fait le bonheur des deux ou trois troquets qui subsistent encore dans le secteur. Le jour
où les Marcel Grauburle, les Jean Foupallour(2) et les Yves Rognes auront abandonné
le terrain, les débits de boisson disparaîtront complètement du paysage. Surtout les
bien vieux avec leurs comptoirs en bois foncé, leurs tables longuement sculptées par
les coudes pochetronnesques et leur atmosphère un peu lugubre, jadis enfumée
jusqu'à en brunir pour toujours la couleur indistincte des murs.
Voilà des trucs qu'il conviendrait de classer au patrimoine de l'Humanité, les antiques
Bars du Marché, les Civettes Parisiennes, les Cafés de l'Horloge. Comment voulez
vous que nos descendants puissent imaginer la manière dont on se murgeait au XXeme
siècle si nous nous résignons à laisser filer les plus caractéristiques des témoignages
de ce glorieux passé?
Les deux avant-bras bien calés sur le zinc, le verre toujours à portée de main droite,
pas risquer la déshydratation, il est parti dans un super-numéro, le père Rognes.
Bahamontes dans le Galibier, pour ceux qui voient. Une fois lancé, plus personne ne
lui prend la roue. On le contemple, estomaqués devant l'exploit out of this world et il
s'éloigne peu à peu, inexorablement, tel l'Aigle de Tolède sur sa frêle monture.
Pour Yves, l'essence du drame se résume à une double proposition. Primo, l'Europe
a dévoré tout son pain blanc, payé à crédit en plus. Secundo, l'extrème naïveté
de nos intellectuels nous a conduits à abandonner stupidement toutes les positions
pieusement maintenues jusqu'au début des années soixante-dix.
Il appelle ça le syndrôme du loup, le vieux Rognes.
Selon lui, le loup, nos ancètres avaient mis des siècles à s'en débarrasser,
patiemment, opiniâtrement, avec la détermination de ceux qui tiennent à s'améliorer
un peu l'existence. Nous, en quelques années, nous avons remis la bête dans nos
montagnes et dans nos bergeries. Et on la protège!
Moyennant quoi, toujours d'après le père Yves, nous arrivons désormais au point de
rupture.
Nous allons devoir attaquer le pain noir. Bienheureux, en plus, ceux qui parviendront
à s'en procurer quelque miette. Et simultanément le loup va commencer à nous courir
aux basques, histoire de nous bouffer les miches faute d'agneaux à se coller sous la
dent.
Les Européens se trouvent pris en tenaille entre leur dette hymalayenne et la multitude
des fauves déterminés à leur sucer le sang jusqu'à la dernière goutte.
Comme, par surcroît, toujours dixit Rognes, nous nourrissons en notre sein une partie
non négligeable des féroces en question, nos chances d'échapper à une fin tragique
s'amenuisent de jour en jour.
Fermez le ban. Thérèse, remettez nous-en une!
Difficile d'aller contre, ils ont raison Grauburle et Rognes; in vino veritas faut
reconnaître.
Doucement, furtivement, insensiblement, les prodromes du désastre se mettent en
place. C'est vrai, nous avons tout lâché, sans contrepartie, sans réflexion sérieuse.
Le tiers monde crève la dalle? Qu'à cela ne tienne, mondialisons!
Et maintenant on s'étonne, comme des cons, que ces gens là vendent leur
pacotille dix fois moins cher que la nôtre.
En France, je m'en souviens, jusqu'aux années 80 on consommait du produit français
en pagaille. Plein de marques, y avait, pour tous les besoins et même à tous les prix.
Bien sûr, le made in France ne s'exportait qu'avec modération vu que nous étions déja
les moins bons, souvent et les plus chers, toujours, disons à qualité égale, histoire
de demeurer aimable.
Cependant, nous gardions au moins le marché intérieur. Avec un soupçon d'Afrique,
grâce à des mecs comme Foccard. Certes, nos clients sub-sahariens ne nous
rapportaient ils pas grand chose mais ils élargissaient le champ et préservaient
l'avenir. L'Afrique aussi, nous l'avons laissée perdre, comme tout le reste; tant
mieux pour les Chinetoques.
Comme si cela ne suffisait pas, le déconnage s'est poursuivi avec l' Europe et ses
utopies dévastatrices. Le traité de Maestricht, cher à Saint Mitterrand. Le coup de
Jarnac! Le traité de Nice, conclu n'importe comment, juste parcequ'il fallait
absolument sortir d'Acropolis (3) avec un papier signé par vingt-sept rigolos
d'accord sur rien.
Sans compter, par dessus le marché, l'Euro, autrement dit le Deutchmark, pour tout le
monde, les pays sérieux autant que les pétaudières démagogiques.
On s'étonne que ça foire!
Et dans le même temps, alors qu'on bouffe à crédit le plus clair de l'année, on laisse
entrer pratiquement sans limite tous les petits malins des pays affamés qui viennent,
sans modération aucune, consommer les prestations sociales que nous nous cassons
le derrière à financer par les cotisations des quelques illuminés qui travaillent encore.
Pour magnifier l'édifice, grâce à l'invention géniale que constituent les Allocations-
Familiales, nous arrivons aujourd'hui à la troisième génération de petits Français
complètement étrangers à ce Pays et laissés bruts de décoffrage par une Education
Nationale étouffée sous ses propres décombres. Autrement dit, complètement
inemployables et farouchement décidés à obtenir la peau de leurs soi-disant
compatriotes plus anciennement enracinés dans ce sol qui, hélas, fait droit en
matière de nationalité française.
Voilà pourquoi, le grand évènement de cette semaine, chez nous, c'est l'entrée en
vigueur du Ramadan!
Mais nous, on s'en fout. On se dit enrichis par la diversité! On a Montebourre
qui nous la redresse productif en diable! On dit que le chomage c'est la faute à la
famille Peugeot, complice de Sarkozy, de ses infectes turpitudes et de ses sicaires
sans foi ni loi! Et on écoute le chant mélodieux du petit Néron de Corrèze:
-"Moi Président de la République je vais réenchanter le rêve Français"...à grands coups
de C.S.G.!
Quand on n'a que ce qu'on mérite
Et qu'on adore les coups de bite,
Quand toujours on les accumule
En vénérant qui nous encule,
Il ne faut pas trop s'étonner
De se retrouver cocufié
Et de perdre jusqu'à son âme
Bouffée par la vermine infâme
Qui, de tous les côtés, grouille
Et se repaîtra de nos couilles
Lorsqu'elle aura rongé le reste,
Des godasses jusqu'à la veste.
Nous finirons tous laminés.
Voilà ce qui nous pend au nez!
Faudra pas m'en demander plus pour aujourd'hui, l'heure n'appartient pas au chef
d'oeuvre, cela ne vous aura pas échappé. Mais c'est l'idée qui compte. Toutes les
conditions du malheur sont à peu près réunies. Maintenant ce n'est plus qu'une
question de temps. Ca peut encore durer, bien sûr. Des années et des années,
probablement.
Cependant, nous reculons encore pour mieux sauter. Et le jour où nous sauterons,
pour de bon, on le sentira passer à la retombée. Croyez moi, ça nous pend au nez
comme un sifflet de deux sous!
Profitons en bien tant que ça dure.
Amitiés à tous.
Et merde pour qui ne me lira pas.
(1) Voir notamment Les vacances de Grauburle.
(2) Voir notamment Démocrassie.
(3) Le Palais des congrès de Nice.